Josef se prépare pour le grand pèlerinage : le Sakoku…

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23… où l’on apprend que Barnaby réintègre l’unité que Josef va quitter… l’un poursuit sa voie vers sa première étoile… l’autre rêve à sa voie vers celle de prophète…

… je relis ? interjeta Akio.
ce n’est pas ce que j’ai dit !
… bon.
Akio rassembla ses feuilles de notes et ferma les deux yeux… enfin.
La porte s’ouvrit à nouveau…
Une nouvelle équipe de quart surgit…
… On vous attend !
Josef se leva tel Lazare. Il dut accomplir tous les tests imposés pour la sortie de l’hôpital – ce qui dura quasiment tout le matin – afin de prouver sa vitalité recouvrée.
Un homme en blanc se plaça sur le flanc gauche du carré, le bâbord du navire. Il était assisté d’un serveur qui transmettait des documents que l’on avait transportés sur une table roulante – le style était d’un mot en ible… qu’il avait oublié.
Là, l’homme en blanc chaussé de gants immaculibles ? – serait-ce possible ? – faisait passer le feuillet à Josef qui était assis en tailleur, tel le tribun de Bénarès. Josef-Jérémie, d’un seul coup d’œil d’un seul, scannait le texte qu’on lui présentait et le traduisait en l’espace d’une nanoseconde en US dialecte intelligible… Puis un homme en costume militaire placé à droite – le tribord en somme – retirait le papier et l’estampillait d’un sceau humide d’une belle couleur rouge sang.
Voilà pour la description de ce test très simple pour celui qui voudrait devenir prophète.
Ce qui était le cas pour Josef.
On doit rajouter que le Power en profitait… l’US-Power… bien sûr !
Jugez donc !
Ces documents étaient la somme des messages reçus durant l’espace-temps pendant lequel Josef fut fracassé à cause d’un cœur empli de compassion à l’égard de Parker. Vous vous en souvenez, j’espère. Si bien que, depuis ces jours enfuis, nul n’avait été en mesure de résorber cette vague d’informations non traduites. Le camp US de Yokosuka était sur le qui-vive : on avait renforcé les rondes, un train de marchandises avait livré les trois mamelles du GI : hamburger-muffin-Coca et on attendait le bon vouloir de la santé de Josef.
… C’est pour ton bien, Révérend !
L’exercice était effectivement salutaire pour les neurones, muqueuses et autres synapses du convalescent…
Il conversait sans failles en arabe, en latin, en bas patagon, en haut landais, en volapük italique, en serbo-croate archaïque, en anglais même et en US dialecte texan avec une maestria qui ne surprit personne.
À preuve, Akio méditait toujours les yeux clos…
Au bout de trois heures et sept minutes, un million trente-trois mille six cent soixante-sept documents furent traduits. Les gants du passeur étaient noirs d’encre – preuve irréfutable du bon déroulement du test.
… Non ! Il en reste un… c’est écrit en…
Le serveur hésitait, il ne savait pas…
… De l’algonquin ! Précisa Akio, qui, les yeux clos, avait tout enregistré.
Josef prit son temps… qui suspendit son vol… selon le dit… pour traduire.
… À bientôt… ! Et c’est signé : « Les Tortues blondes » !
… Parfaitement inutile ! jugea le costumé en reprenant le document avec un mouvement très suspicieux.
… Si j’étais toi et non ton frère… je ferais gaffe à ce papier…
… O.K ! Révérend !
Il tourna sept fois sa linguistique dans son Wrigley mâché… puis…
… À présent, vous avez quelques mouvements à exécuter !
… Simple contrôle physico-physique…
L’équipe de quart colla une bande rouge sur le sol de la longueur du plus grand côté de la chambre – cinq mètres, semble-t-il – et Josef dut marcher sur ce support étroit de dix centimètres en faisant des allers et retours pendant une bonne heure tout en s’appliquant à poser son pied nu sur la marque… afin de prouver son équilibre…
À un signal donné, l’équipe étala la même bande sur le mur en prolongeant celle du sol jusqu’au plafond…
On donna l’ordre de suivre cette marque du sol au plaf… ah ! mais…
Josef partit d’un bord, franchit bien les cinq mètres au sol, puis s’arrêta longtemps, méditatif, devant le mur. La graine de prophète allait-elle le faire ? Tous attendaient ce moment. Akio avait sorti ses mines ; l’officier en costume… son chrono…
Et là Josef eut un petit sourire entendu… Il n’irait pas…
Ce fut alors un tonnerre d’applaudissements qui saluait la messianique perspicacité du prophète en mutation…
… Tu ne tenteras point le mur de ton Seigneur ! affirma Josef.
… exact, le piège de Matthieu a été déjoué… Un prophète est né.
… Il faut l’écrire ! dit le chronométreur.
… Ben, qu’est-ce que je suis en train de faire ? Soupira Akio.
… Vous avez accompli… l’au-delà de l’impensable… que nous avions théorisé !
Ce fut alors les procédures classiques du départ.
… Vous avez soixante minutes pour vous mettre en tenue de parade !
Et l’équipe de quart quitta la 369 à la demie.
L’aide-de-camp laissa son maître dérouler ses rituels et Josef-Jérémie alla prendre une douche bien chaude…
Il évaluait à quel point cette quarantaine vécue pendant ces vingt et un jours fut métamorphique…
Et il fut prêt.
Fringant…
Costumé en US réglementaire tenue…
… Akio ! déclara le GI, je te somme de préparer la suite de mon périple prédicant… Tu appartiens à cette terre inculte, va préparer mon illumination future qui se déroulera suivant l’oracle sur le célèbre Shikoku
… Non ! dit Akio. Toi… tu vas vivre ton Shikoku ?
… Je dois suivre la Voie…
… Tu vas suivre les quatre-vingt-huit temples de la sagesse ?
hai !
… le pèlerinage dans l’île de Shikoku ?
re-hai !
yoi !
Et c’est ainsi que temporairement l’aide-de-camp quitta son seigneur…
L’un allant, selon le dit du maître, ouvrir la voie pour que le second accomplisse cette même voie… d’une voix harmonieuse.
Akio disparut comme par enchantement…
l’Orient est plein de mystères… observa Josef.
L’équipe de quart apparut comme à son habitude… aux trois-quart…
l’US-Land est plein de subtilités… conclut Josef.
Un convoi, avec fanions, majorettes et fanfare, attendait le revenant Révérend.
Il descendit, humblement triomphant, monta dans le command-car et franchit les trois mille deux cent dix-huit mètres et six cent quatre-vingt-dix-huit millimètres qui le séparaient du bunker…
… Deux miles enjoy ! Dit le chauffeur… qui fit trois voltes pour saluer le drapeau… c’était sa punition pour l’avoir oublié la fois passée…
Les joggeurs sur le stade le saluèrent, les portes s’ouvrirent, une standing ovation beugla à son retour… c’est mieux en US-Language…
Et Josef reprit son rythm and blues…
Il ouvrit sa porte, après le rituel des deux minutes de musique durant lesquelles les tubes bouddhiques tintinnabulaient leurs cinq notes, il franchit le seuil et se plaça immédiatement en face des rayons de ses dicos : ils étaient restés immobiles pendant toute son absence… nul n’était venu polluer cet espace sain… la sacralisation enfin !
Josef prit un siège.
Là, il sut que le temps était venu…
Quelques espace-temps plus tard…
On frappa à la porte avec délicatesse…
Elle s’ouvrit.
Deux MP stationnaient devant… l’un lui tendit un ordre du jour…
Après avoir salué Guanyin, Josef les suivit…
Dans les escaliers, les couloirs et les antichambres, le peuple vaquait, mais, en le voyant passer, il s’écartait avec respect et s’inclinait. À la fin du parcours, les trois hommes arrivèrent devant la très célèbre salle des pleurs…
Josef entra, en laissant les deux tas de muscles attendre dehors.
L’aréopage galonné se leva, ému…
Au centre, le colon Barnaby Parker à la taille de guêpe présidait contre toute attente… on ne savait pas quel était le sujet… il officiait.
Ce fut émouvant et bref…
L’orateur en chef délégué par le Pentagone prit la parole pendant que le Parker reniflait… à cause du DDT… anti diptères…
Grand silence…
Josef était seul sur un bord de la vaste table… l’autre bord était occupé par la foule de chefs aux multiples barrettes… les breloques tintinnabulaient… intimement…
… Josef-Jérémie, fils de Gottfried et de Yépa, vous avez sauvé, grâce à vos miracles, notre cher fils ici présent : l’icelui numéro 1 major de West-Point… le colon Barnaby Parker, ici présent.
La fierté de la nation nous fut ainsi rendue en prime-time.
Grâce à vous… Parker deviendra… c’est sûr, le guy étoilé que tous attendent…
Nous avons décidé à l’unanimité de vous accorder une indulgence pour cette convalescence miraculeuse.
Nous vous offrons un avenir de méditation jusqu’à la fin des temps, sur le territoire qu’il vous plaira de choisir !
… Rompez !
Les bonnes règles bourgeoises eussent voulu que le colon et Josef s’embrassassent comme des collégiens, mais le règlement des guy de l’US-Land se situait bien au-dessus de ces épanchements romantiques…
Josef sortit…
Il retrouva ses deux piliers de muscles.
Une page se tournait… on ne lui avait rien demandé…
Le lecteur peut essuyer une larme sur cette chute virile, car l’US-Land ne songe point aux sentiments lorsqu’il envisage le futur de ses élites et encore moins des peuples qu’elle colonise.
Le seul ennui dans ce schéma généreux qui accorde un temps de vacances illimité à Josef-Jérémie était effectivement la vacance des traductions…
L’émotion du porte-parole avait omis ce grand point d’interrogation pour cette fin d’étape…
« Qui va traduire les messages stratégiques pendant son absence… Hein ? »
Que l’on rassure les lecteurs, Barnaby trouvera la solution, car même absent, le pouvoir du prophète était sans limite… et Barnaby pensait toujours à son étoile… la bonne évidemment…

                                                 Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
… vous pouvez aussi charger le lien des éditions Alain Iametti sur votre moteur de recherche : https://www.editionsalainiametti.com/
vous trouverez les opus édités…
                                                                                      L’Ange Boufaréu

 

 

2 réflexions sur « Josef se prépare pour le grand pèlerinage : le Sakoku… »

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