Koba ou la sombre rémanence. N°27  « Rencontre »

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Weizhi avait organisé une rencontre entre Han Pingjing 韩平静 et Raoul L… Han avait voulu retrouver le célèbre français qui jadis fut un flamboyant guérilléro castriste… au nom de plume : Raoul L… ils s’étaient rencontrés du côté de Cuba.

La camarilla était réunie… Sosso-Staline était installé non loin du samovar, il avait apporté son cahier A4 à spirales… son stylo offert par Mont Blanc courait sur la page blanche… la pipe était fumante… Iossif écrivait…
– tu penses ?… toi ?… avait questionné Raphaello… cette remarque ne suscita qu’un haussement d’épaules… de la part de Staline.

 

Luigi, Sosthène, Raphaello, Matriona, Atharexa… attendaient attentifs à temps pleins attentionnés… Dame ! ce n’était point tous les jours que la camarilla voyait en chair et en os…

 

 

 

… un Han… élu du peuple chinois qui vécut une vie, à gravir les échelons depuis la base-base… paysanne-paysanne… origine pauvre-pauvre… siégeant haut-haut à présent… dans la même assemblée que le camarade président Chinois… certes douze rangs derrière lui légèrement à sa droite, de là il pouvait porter son regard sur la parfaite raie des cheveux d’un noir de jais du cacique, tracée au tiers droit du crâne… Pingjing était fier de contempler l’axe de sa vie… que supporte le crâne… siège du cerveau reptilien… du guide…

 

… un Raoul L… que l’on ne présente plus tant il s’est lui-même présenté comme présentable… lorsqu’il naquit, il appartint d’emblée au même état ontologique de volonté de pouvoir que le timonier Han à la raie parfaite des cheveux… certes l’un… le Han occupait le niveau opérationnel à la tête d’un milliard et demi d’ouailles…

alors que Raoul L… portait le prédicat celui du lumineux conceptuel du grand soir… à 7 milliard de « pigeons-chieurs » communément nommés : consommateurs peuplant son jardin… la planète…

 

Weizhi avait organisé la mise en scène… dans la datcha secrète de la ville de Larchy… où les chiens aboient… Larchy comme toujours vivait selon le principe des trois singes « Rien voir, rien entendre, rien dire. »

La camarilla installée selon les codes de chacun sur un tiers droit de la pièce, en face une table flanquée de deux sièges… où s’installeront les deux invités… côte à côte mais face à la camarilla…

Weizhi en grand ordonnateur s’est légèrement décalé… afin que la camarilla ait un champ total pour jouir des instants de cette rencontre… un total bien nommé totalitaire…

Voilà Han Pingjing qui entre… une belle bête communiste estampillée maoïste certifié… le cheveu noir malgré le poids des ans, la chemise blanche immaculée aux manches courtes, le pantalon noir d’élégance Smalto en coton peigné haut de gamme… tenu par la ceinture dont la boucle plate rivalise avec l’or des bijoux de la Place Vendôme… citons les escarpins latins pour mémoire…

Suivi de Raoul L… une non moins belle bête labélisée d’un au-delà cosmique des dogmes modes chapelles… le cheveu en crinière flamboyante poivre et sel… le complet… est complet… dans un bleu sombre métallique… il n’est pas Italien… il est Anglais… gentry of course… la chemise s’ouvre largement sur le poitrail… imberbe… lisse de tension virile… un bottier a construit sur mesure l’œuvre qui arme le pied…

Weizhi accueille… il offre le siège de droite à Han Pingjing… celui de gauche est bien sûr pour l’homme de « gôche » cela va de « soie »… comme la chemise…

– Nous sommes très heureux de recevoir deux grands penseurs-acteurs-vivants, au sommet de cinquante ans de construction pour le bien du peuple… c’est Weizhi qui prononce le narratif introductif accueillant… il est convenu que nous ne poserons pas de questions… nous écoutons… vous êtes libres dans votre expression pour rendre la synthèse de vos vies…

Han Pingjing a posé le carnet de notes que tout hiérarque communiste chinois traine avec lui… déjà penché sur le papier vierge… il calligraphie des chiures de mouche… avec un Bic contrefait… made in China… pendant que…
Raoul L… lance un regard panoramique à la camarilla alors qu’une main gauche nerveuse traverse sa tignasse tentant d’imposer un style de grand fauve à la toison éduquée à rester rebelle…
C’est Han Pingjing qui levant la tête… posa ses yeux noirs… sur la camarilla… ignorant Raoul L… il lance le débat…

– je suis né à Yingkou… province du Liaoning… mon père était pêcheur…
– mais… serait-il nécessaire cher Han de remonter à la naissance… pourquoi pas à la généalogie des dizaines d’ancêtres… l’homme nouveau n’a pas de frontières… fi… de la personnalisation… de l’égocentrisme… allons à l’espace…
– mes ancêtres ont toujours été pêcheurs… très pauvres… et toi ?
– l’intérêt… est ailleurs… vers les masses cette multitude assoiffée de justice de vivre ensemble… l’histoire… en marche…
– ça permet d’évaluer le poids de la politique… qui élève le peuple… moi…
– bon… je crois que mon père était administrateur d’une douzaine de sociétés dans le négoce de l’hévéa en Indochine puis au Maghreb, il géra une banque et des entreprises de bois précieux… ma mère était prof à la fac… on ne voyait à la maison que des précepteurs… alors… je ne vois pas l’intérêt de revenir à ce temps…
– quelle matière… ta mère enseigne…
– mais la philosophie… bien sûr… elle luttait pour la « justice » phagocytée par les sombres bourgeois… réactionnaires… elle théorisait la lumineuse société planifiée… dans laquelle le peuple trouvera sa place… enfin…
– en 37… les Japonais occupent le pays… jusqu’en 45…
– ah, hélas nous étions à cette époque colonisés… il fallut faire face… on pactisa dans le pacte impactant les élans compactes dans lequel les négociations poinçonnèrent une « non-agression »… alors nous parvînmes à retrouver le journal de la liberté… l’adversaire recula… et tous les jours L’Humanité aux pages chaudes d’encre vertueuse vint réchauffer nos synapses…
– je n’ai pas « collaboré » avec les occupants… j’ai rejoint la troupe pour accomplir la grande marche… je suis resté dans une grotte à Zunyi… le temps qu’il fallait.
– non le grand dessein ne pouvait s’arrêter à la plate réalité du quotidien, l’appel à la dialectique du temps devint un impératif catégorique… sublime, il fallait résister… car le grand capital reprenait du poil sur la bête… Nuremberg était passé par là… c’était un autre temps…
– c’est à Cuba que j’ai rencontré… le Raout…
– il fallait rendre à la flamme son brillant… alors comme un appel venu du tréfonds de la pensée révolutionnaire tout mon moi partit pour la Havane… songe la mutation que je dus subir depuis la Rive-gauche en Seine et midi au Flore où je prenais mon moka, sans sucre… pour rejoindre le peuple aliéné par les apôtres de Cortès… il fallait que j’y sois… alors j’y fus… ce fut l’extase… je sentais la poudre…
– j’ai retenu ton mot « même si son détenteur est un saint, tout pouvoir tend à l’excès. »
– comme tu as raison… nous combattions toi et moi… ce pouvoir… que le barbu rhénan qualifia « d’opium du peuple »… enfin le peuple serait libre de choisir sa vie… nous allions libérer les opprimés et organiser le cadre du grand soir… exit le capital installe-toi superstructure et toi infrastructure…
– j’ai été rappelé dès octobre… tous les octobres… sonnent le rappel… 
– je pris le maquis, il fallait créer cette langue qui allait, telle une immense vague faire table rase… il fallait une langue qui explique que seul le penseur, pensant, pense la révolution… pour qualifier plus tard ce qu’est « la politique de vérité »… nos récitions Marx comme un texte sacré, un acte de foi… solide qui emportait l’adhésion des peuples incultes… oh les embryons qui croissent vers les beautés matérialistes futures lumineuses…
– c’était le temps des cents fleurs… pas de la novlangue… j’ai coupé celles qui ne disaient pas comme le guide… les balles coûtaient chers… j’ai utilisé le couperet à bœuf… combien… 500 dit-on… cinq cents mille… intellectuels morts…  je n’ai pas compté… c’est grand la Chine…
– nous rédigions sous les assauts des puissances capitalistes le nouveau crédo… en réalité nous diffusions le Capital… il est simple « il suffit de croire ce qui est écrit ! » Car la croyance de l’esprit est la conséquence et non la cause de la compréhension… comme dit un exégète « l’intelligence d’un développement idéologique implique, au niveau de l’idéologie elle-même, la connaissance dans laquelle surgit et se développe une pensée et la mise à jour de l’unité interne de cette pensée… » N’est-ce point sublime ?
– ensuite je fus affecté à réduire « les trois antis puis les cinq antis »… en gros tout ce que le guide voulait casser… la bourgeoisie, la propriété, le capital, les vieux rites… la liste du guide était longue… mais le peuple devenait fort…
– Marx fut expliqué aux masses… « le facteur économique ne détermine le développement social qu’en « dernière instance »… ce fut « la loi du développement inégal » Ces deux bases devinrent l’alpha et l’oméga de la « contradiction principale » au-delà de laquelle plus aucune dialectique ne pouvait prospérer…
– après vint l’organisation des grands bons en avant… puis les communes populaires… quelques messagers heureux de survivre revinrent chez eux pour confirmer que le guide savait tout… sur tout… à preuves : ils témoignaient… vivants.
– alors ce fut un summum… « car si nulle instance ne peut déterminer le tout, il est possible en revanche qu’une pratique, pensée dans sa structure propre, structure pour ainsi dire décalée par rapport à celle qui articule cette pratique comme instance du tout, soit déterminante au regard d’un tout dans lequel elle figure sous des espèces excentrées… »
– ce fut lumineux… pendant la révolution culturelle… dix ans pour tout nettoyer… on n’a pas chômé…
– Songeons que la classe bourgeoise monopolise les institutions depuis la Révolution française… il fallut abattre la famille patriarcale… ce fut fait… et voilà les promesses que « différence » signifie « révolution »… car les problèmes échappent par nature à la conscience… « l’objet transcendant de la faculté de sociabilité… c’est la révolution… la révolution mon ami… en marche… en place… en mouvement… »
– voilà… depuis dix ans je siège à l’Assemblée nationale populaire…
– j’ai franchi les océans… les continents… j’ai conseillé les présidents… de devant… de derrière… de gauche… de droite… du dessus… du dessous… car ma pensé est agile, ductile… la phrase propose une syntaxe sans sémantique… aux tournures elliptiques qui cernent le profond sens de la naturelle surface… une pensée abstraite qui offre dans son magma à générer des germes qui vont croître… le style permet à la pensée et à la non-pensée d’être sur un même pied d’égalité… qu’il faut poursuivre indéfiniment au risque d’arriver au bord du précipice… du « néant »…
– je suis l’un des 3000… nous nous réunissons une fois par an pendant 10 jours…
– la révolution est une « chose » qui avance par pseudopode… elle est toujours en avance sur son temps… elle enveloppe… selon « la politique de vérité »… « en dernière instance »…
– je ne pourrai pas voir le prochain congrès… j’ai un cancer… je serai incinéré à Yingkou… j’irai dans le cimetière où dort mon père…
– l’idée de la dictature du prolétariat a été fracassée… ce n’était qu’une réalité de conjoncture, elle bloquait l’enquête… il ne fallait pas que l’on sache… voilà le futur bond… avant l’autre…
– j’ai bien travaillé…
– « même si son détenteur est un saint, tout pouvoir tend à l’excès. »
– c’est beau… c’est bobo…    

– questions ? proposa Weizhi… dans le silence de la camarilla remuée…
– Monsieur Han… je sais que les prénoms en Chine ont un sens… le vôtre en a-t-il un… demanda Atharexa
– Dui 对 exact… Pingjing 平静 veut dire « Calme »
– « Les chiens aboient. La caravane passe. » Conclue Sosso, Iossif, Djougachvili bougonna Koba dit Staline…  

… et la camarilla fit silence… 

Gentilés
Si le voulez bien
Lisez suite semaine prochain
                                                           Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes
 Article rédigé en coproduction Han Pingjing et Raoul L… enfin le grand soir… accompli… 

 

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