Soupçon… N°8… j’ai hâte de retrouver mes brailles…

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Je reçus une convocation… mais…
Le nom n’était pas le mien…
C’était impératif… on devait y être… elle… lui… ou l’autre…
Je tentais de lire, mais le texte se modifiait au fur et à mesure que je déchiffrais…
On me sommait de m’habiller… d’un costume trois-pièces gris, à rayures blanches… que je ne possédais pas… car j’avais privilégié les brailles et les chemises col ras du cou…
De me coiffer d’un chapeau melon… qui n’était pas dans ma garde-robe et pour cause je ne portais pas de chapeau…
D’arborer un oignon en tant que montre en sautoir… que j’avais écarté pour une Swatch suisse…
De chausser des escarpins italiens… que j’avais remplacés par des chaussures de sport…
Je me plongeais dans mon dresseroome… car j’étais étranger…
Je ne trouvais aucun vêtement décrit dans le texte qui venait à nouveau de se modifier… sauf au sujet des trois-pièces melon oignon chaussures…
Je décidais de ne faire aucun choix…
Et sans regarder la veste la braille et le couvre-chef… je m’attifais…
Prestement car la lettre se mit à sonner… je prenais du retard…
Je recommençais la lecture… je poursuivais… j’étais dans une sorte de stress… stressant…

C’est normal dit le texte qui suivait mes gestes…
Là, je compris que j’étais observé… mais par qui ?
J’avais lu, que sur la Muraille de Chine, aux confins des terres… un voyageur avait ressenti la même impression… intense…
« On nous observe »… m’avait-il dit…
Je me retrouvais hors de chez lui… de chez moi… d’elle… eux… je… l’autre…
Je rencontrais un homme que je ne connaissais pas… il me dit :
« Tiens, toi aussi tu y vas ? »


Je le regardais quêtant une réponse… il me questionnait…
« Ben toi aussi tu es convoqué ! »
Je le regardais avec plus d’intensité… cherchant à savoir qui il était…
« Ne cherche pas… tu ne trouveras pas… nous sommes tous semblables… costume trois-pièces… melon… oignon en sautoir… toi comme moi… toi aussi tu as réussi à revêtir l’uniforme ? »
Nous cheminions dans une galerie de glaces…
J’eus un haut-le-melon… autant qu’un haut-le-corps… en me découvrant mimétique à mon voisin… melon-trois-pièces-montre-escarpin…
Nous cheminâmes de concert sur sol mineur… il racontait ses vies passées présentes…
« Les futures… on ne peut que supputer… tu ne sais pas ce que le conseil va décider… »
Tout en marchant… à l’insu du passant qui m’accompagnait… je me tâtais, je me palpais, je me cherchais… je ne me trouvais pas…
« Moi aussi dit-il… je ne sais plus qui je suis ! »

Dans les poches de mes vêtements… je trouvais des notes de conduite de vie… des factures de leçons… des carnets de sagesses… des tickets de nettoyage de boutiques que je n’avais jamais vues…
« Il faut tout lire… » dit-il…

Tout en marchant, je tentais de lire… mais le pas devint de plus en plus rapide… d’autres personnes nous rejoignaient… nous formions une colonne qui me fit penser à celle des insectes venues chercher le viatique collectif qu’ils transportaient ensuite pincé dans les mandibules très haut au-dessus de la tête…
Et…

Ce peuple était coiffé d’un melon… vêtu d’un costume trois-pièces… il portait un oignon en sautoir… chaussé d’escarpins italiens… identique… à moi… à eux…
Je n’avais plus d’énergie… ontologique… mais une force me forçait fortement de former un lien fermement… une chaîne formidable… nous formatait…
Progressivement la large colonne fut canalisée par des panneaux qui ne laissèrent passer qu’un marcheur à la fois… sur les murs… des lettres répétaient des mots de sagesse… “Tais-toi!”… “Écoute!”… “Suivre!”
Soudain on ne marcha plus… c’est le sol qui marchait pour nous…
Une musique sublime vint cueillir les synapses des impétrants… pénétrants dans l’espace prévu…
Parfois une porte à droite ou à gauche de la draille s’ouvrait et un marcheur était aspiré par un souffle puissant…
Sans doute, l’aspiré n’était pas parfaitement orthodoxe conforme zygote avec son double précédent et suivant… mais nul ne savait pourquoi il était aspiré…
Peut-être même que l’éliminé présentait un encéphale grotesquéfuge
C’est ce que l’on pouvait apprendre en lisant les affiches… un néologisme formé de grotesque et fuge…  pour le premier on savait quant au second… on connaissait la luge… le juge… le vermifuge… le subterfuge…  le grabuge… mais après transhumance sémiologique, le mot était devenu ce qu’il était… transfuge…

Nul ne pouvait contester…
« Je ne contestais point ! » dis-je… « même si j’en eus envie », soufflais-je in petto … je préparais mes arguments quand l’un des panneaux animés m’interpella… sous une musique de Bizet…
« Prends garde à toi ! »
Je me tins coi… quoique…
« Deuxième injonction… à la troisième… tu seras compressé… »
La colonne filait droit devant elle…
Elle pénétra sous un immense dôme… là… il fallut s’asseoir sur un banc… public… tellement public que des milliers de melons étaient assis aussi…
Interdiction d’enlever le galure…
Imaginez un peuple galuré si peu déluré… les vagues de melons ondoyaient sous le moindre souffle…
Il fallut un instant pour comprendre l’ondulation… car elles étaient mues sous injonctions…
Au bout du banc… il n’y avait qu’un banc… c’était un banc continu… au bout du banc continu donc… se terminait la colonne d’assis… devant elle… en bout… debout… en silence tabou… quatre têtes mobiles telles celles des hiboux… privées de melon… des gardiens… droits comme des bambous…

L’un après l’autre… ils faisaient un signe…  le melon du bout se levait… franchissait les quatre mètres soixante-sept centimètres et neuf millimètres pour poser le pied sur un seuil jaune… récemment la frontière avait changé de couleur… mais nul ne sut quelle était de l’antépénultième… coloration.
Pourtant, tous les assis se posaient cette ultime question avant de franchir la porte de bakélite ouvragée de damasquineries… de faubourg… surannées…
Là, le melon franchissait une porte à rideaux…

Disparaissait…
Il s’engageait dans un long couloir… de macération… d’incubation… de mutation… telle une chrysalide qui, au bout, éjectera un numéro affecté… en d’autres lieux…
Ce fut mon tour… à entrer dans l’espace métamorphique…
Mais en cours de route… un hibou m’agrippa d’Aubigné… c’était un jeu… de mots…
Me vint à l’esprit Agrippine… je ne sus pourquoi… assassinée sous les ordres de Néron son fils… lu mot à mot dans un livre d’histoires…
Là, j’ai craint le « Pire à nèse »… celui du retour à l’antique… un second jeu… plus difficile…
… aha, tu as triché…
… moi ? jamais.
… et ça !
Là je vis la colonne des melons-trois-pièces-escarpins-italiens… arriver… chaque type était pelé comme une banane… sous le costume il était nu comme un vers…
… alors, je me vis sur un immense écran à trois dimensions… il donnait à voir… tout le réel… de mon réel masqué…
… sous mon costume… j’avais conservé mes effets antiques ma belle braille… ma chemise sans col… mes grolles de sports… ma Swatch…  j’étais fait… défait…

… la révélation… de mon moi étant… niant le melon le trois pièces l’oignon l’escarpin…

… la méta-architectonique… sait tout… dit le hibou… chef.

Sentence « habits sales »… depuis ces temps antiques, je suis en rééducation… entre quatre hiboux… je répète des mantras en volapük… que je ne comprends pas…
Hier… un hibou m’a interpellé…
… tu peux me dire à quoi ça sert d’écrire des textes aussi… méta…
Il ne parvenait pas à trouver le qualificatif… je l’aidais…
… tu veux un mot en ique ou en méta
… les deux mon adjudant…
… métallurgiques… métamorphiques… métastasiques… métaboliques… métalloïdique…Il hésite…
Il cherche encore…
… on dit que je serai libéré le jour où il aura tranché… j’aimerais tant réintégrer mes brailles.

                                                         Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain 
j’ai largement eu le temps depuis d’écrire ce commentaire… mais avouez que ce cas est aussi sot que grenu… depuis, je m’entraîne dans l’art cruciverbiste… mais je rêve de mes brailles… pour composer des vers de mirliton… quelle bête vie!     
                                                                                         … L’Ange Boufaréu.

 

 

 

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