Koba ou la sombre rémanence. Episode second : Matriona Pétrovna

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… Gentilés entrons dans l’action… nous sommes dans le théâtre Le Mel Belchior à Larchy… tranquille commune… enfin… presque… car la nuit les chiens aboient… pourtant,  il n’y a plus de caravanes… dans le sérail.
Donc… Koba au bord de la scène du Mel Belchior vient de déclamer
Urbi et Orbi…

« Non… mesdames et messieurs… Koba n’est pas mort ! »

C’est une abêtessistupidissement… réaction logique…
Les larchyrots et les larchyrotes tous bons gones et gentes fenotes se lèvent comme un seul genre car il n’y a plus de sexes différents… enfin c’est « ceux cons » dit…

Du fond de la coulisse… arrivent trois porteurs d’étendards… sur lesquels « Glänzen…сияет : siyayet » selon saint Cyrille… brillent en somme, trois portraits de Koba… en rouge carmin… (le metteur en scène les a rassemblés par volonté stakhanovisme utile… pour aller vite…)
Le peuple est agglutiné au pied de la scène… de vastes remous… plus violents que mous donc tangibles… on n’avait plus vu ce chambard depuis la bataille d’Hernani en 1830… contre Victor le Hugo… fusent des cris… des renâclements… des injures dures mures fumures bromure… qui perdurent !

« Encore de la Pub… dit-l’un.
« Koba ? Mais c’est la moustache de qui… questionne l’autre.
« Mort aux cocos… crie un blasonné.
« C’est un miracle… esprit de Koba es-tu là… susurre une voyante.
« Il est mort le 5 mars 1953… bon débarras… conclut un déménageur…

Alors surgissent les passions post 89… se dressent des guillotines virtuelles… le peuple se réveille sanguinaire, on en vient à « pugilater »… deux courants… non trois… comme au bon vieux temps se forment il y a les antis… les pours… les neutres bien de chez nous qui attendent de voir où va souffler le vent dominant.
Mais tout d’abord… si vous le permettez relisons une tablette numérique qui enregistra la pièce… nous sommes dans la dernière scène… il est vingt et une heure quarante-six minutes et quelques secondes…  la tension est « palpable »… selon la litote consacrée des feuilles de choux… joujoux… poux… hiboux…

Nous sommes non loin de Moscou à Kountsevo… dans la datcha de Koba…

– (Matriona Pétrovna la vieille bonne de Koba soliloque)… ouais… le Sosso… ce matin a bien fainéant… j’a entré dans sa room… l’autre… dormait par terre… que tu fous-là le Sosso ? Putain même communiste toi dormir dans lit… t’es qu’un porc…
– fous la paix… pétroneuse…
– Petrovna… parole mais t’es rond…
– appelle-moi ces deux types…
– or… comme savez, moi Matriona Petrovna bonne de Sosso… que même quand l’est bourré, souvent je lui démerdais le cul… eh bien j’avais tous les carnets secrets… même la bombe… pendant ce temps le Sosso râlait… j’appelais sur mon portable transcontinental… les deux types… le Sosso restait assis par terre…  l’avait une sale gueule… toute tordue… tu veux tisane Sosso…
– tu veux ma mort… ou quoi ? Appelle que j’te dis…
– c’est fait ma crotte… soudain la « loubiankaka-hertziennatov-machinikovitch » répondit… voilà qu’arrivent deux types… z’étaient présents comme je vous voise… par où qui z’étaient passés… boule de truc magnum…
– on dit « mystère et boule de gomme »… dégage qui dit le Sosso…
– je me barrais… mais restais entre les deux portes… là je vistule… les deux types… j’entendois les causeries…
– salut Luigi… oh Sosthène… qui dit le Sosso
– salut Pépé qu’est-ce qu’on peut faire pour toi… dit le citoyen Luigi.
– je veux organiser un complot !
– bah… c’est pas nouveau dit le Sosthène… qui était un peu plus grand…
– ouais… mais cette fois-ci… j’en ai assez… je me barre d’ici… j’en ai marre de me coltiner ces trous du cul… les Beria, Malenkov, Khrouchtchev, Boulganine… ce soir je suis définitivement ailleurs… avec ma call-girl… donc fissa fissa… il faut trouver un sosie qui sera là à ma place… vous pigez ?
– parfaitement, tu sais chez nous en Sicile répliqua Luigi on a l’habitude de trouver un remplaçant… d’abord on élimine le trop plein… il reste celui qu’on a désigné…
– moi dans l’hexagone je t’écrirai une belle eulogie carminée ampoulée… tu sais que l’Hexagone est le seul pays au monde où le communisme a gagné… alors pour écrire l’oraison sans raison… on a l’habitude !
– je m’en fous des cocos…
– je viens d’appeler la fratrie, reprit Luigi… j’ai trouvé ton homme p’tit père… c’est un type qui s’appelait jadis Djougachvili… il arrive dans les secondes qui suivent…
– j’en ai entendu parler… ajouta Sosthène…
– m’en contre-fous… fais-le venir… moi je me barre… on se retrouvera… plus tard… faites-moi signe… j’ai acheté une chaumière du côté de Larchy… motus !
– pas soucis… p’tit père.

Un petit « clop-pp ! » v’là le Sosso-Koba disparu aspiré par le cosmos « loubiankaka-hertziennatov-machinikovitch »… la bonne qui avait tout entendu revient avec un prétexte… elle portait une tisane…
– tiens le Sosso… mais où qui l’est le drôle… je cherche que je cherche… les deux zigues me regardent farfouiller… l’un m’adresse la parole dans une langue gratoubchky
“Non preoccuparlei cara signora, il nostro amico è andato a dire una preghiera” (Ne vous inquiétez pas chère madame, notre ami est allé faire une prière : traduction du correcteur… payé au lance-pierre… encore une bérézina…)
– tu vois bien Luigi, elle ne comprend pas… je vais lui dire en langue hexagonale…
– ça moi comprendre… le frantsuzskiy yazik…
– Sosso… chère madame est allé faire une prière…
– ce trou du cul qui prie… non mais t’es cinglé le frantsuzskiy… et voilà Matriona Petrovna la servante partie dans une quinte de rire à 110 déci aussi bels que beaux, monta jusqu’à la septième mineure… grimpa à l’octave en do majeur vers un point harmonique où elle fut remuée d’un gargantuesque-slave rire… ça existe… là sans aucun souffle restant suffoquée elle s’écroula… un instant… enfin calmée, elle reprit ses sens pour s’apercevoir que Luigi et Sosthène avaient disparu… ne restait à ses pied qu’une méforme cunéiforme en forme d’infundibuliforme… elle toucha l’uniforme… l’autre grogna.
– ho le Sosso où t’étais… j’a posé le tasse… bois quand c’est chaud…
La bonne Matriona Petrovna sortit agitée… “avant d’utiliser”… avait-elle rêvé ou vécu ?
Plus tard comme Koba ne se manifestait pas… elle appela sur la ligne satellite… ils arrivèrent… ils étaient tous là… le Sosso pionçait toujours en grognant… ils étendirent le dormeur sur le lit… deux par deux… toutes les deux heures… veillèrent… Sosso râlait toujours…

– je ne l’ai pas reconnu souffla Boulganine
– la vieillesse est un naufrage… mais il est fort… n’est-il point Staline… l’homme d’acier répondit Kaganovitch.
Après de multiples relèves… Sosso ne râlait plus…
– il a trouvé enfin le sommeil profond dit Khrouchtchev… tous deux sortirent… tels les ballerines du Bolchoï sur la pointe des pataugaz… 
Vers 9 heures du matin… les heures passaient… tous les adorateurs-nomenklaturistes étaient présents, confondus d’étonnement devant la durée du temps de la sieste du p’tit père… on ordonna au médecin d’aller voir… il entra, conclut à la mort de Sosso… aussitôt il fut saisi par quatre balèzes « NKVDitsky » direction gulagotrousky… ce qui donna à méditer aux têtes pensantes… pensez-donc un acte politique… une ruse de l’histoire, selon Hegel… sublime, surtout pour les prétendants.

C’est ainsi que l’homme officiel présent dénommé  Djougachvili « fut mouru » selon le mot de Matriona d’une hémorragie cérébrale… le 3 mars 1953.
… intra-muros… Larchy retint son souffle…

Le rideau tomba… impérial… dans un silence sépulcral… atonal… rime en al…
Larchyrots et larchyrotes sublimés restèrent un instant muets devant un abysse insondable… seraient-ce des gognandises ou bien… puis lentement chacun sut qu’il devait applaudir… ne sachant point comment… regarda le voisin… alors par mimétisme la foule claqua dans les mains… un triomphe.
Le rideau s’ouvrit… la troupe revint saluer…
… et éclata la controverse…

Heureusement Larchy eut son sauveur…
Dans la foire des pours, des contres, des neutres… Sosthène Grumeucheux, ferblantier de son état… dans un double salto bondit sur scène… prit un micro « si on… vous a proposé ce sujet… vous vous en doutez c’est à la fois un canular… un complot… une ruse de mise en scène… une création que le monde nous envie… inspirée de Luigi le Pirandello ! Pour votre plus grand plaisir. »
Ce fut une broncas contre les contres un hourra chez les pours… ceux qui ne s’étaient pas mouillés se mélangèrent… tout le peuple se retrouva à la buvette pour le pot lyonnais bien gagné…
Or, citoyens… l’affaire ne s’arrêta pas là… ce n’était que le début… d’un vaste dramuscule en gésine…

Gentilés
Si le voulez bien
Lisez suite semaine prochain

Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes
L’Ange Boufaréu

 

 

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