N°24 on the way to Shikoku…

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24… on the way to Shikoku…

C’est ainsi que commença la vie hors les murs militaires du GI… Josef… et comme l’avait prédit l’oracle, il commença par réaliser le Shikoku… qui, comme chacun sait est un pèlerinage où chacun transporte son ontologique viatique avec le vœu de régénération…     

 … Le Pic du vautour ! annonça Akio, triomphant.

Ils étaient sur la Voie…
Josef tenta de comprendre l’émotion qui envahissait son aide-de-camp… la voix ne trémolotait point, ses yeux ne parpelégeaient point… pourtant, il était tému… peut-être à cause de sa nature japonaise…
Seul son bourdon toquait le sol – un son étrange, comme seuls les Lieux saints en ont le secret. Voilà l’indice évident de l’émotion d’Akio. Car enfin le Ryozen-ji n’était qu’un temple parmi les quatre-vingt-huit qu’ils allaient visiter. Commencer à se pâmer au premier ! Qu’allait-il lui rester pour les autres ?
Économise tes forces sur la voie… pensait Josef…
… Ici se tient Shaka Nyorai… !
… Le bouddha ?
… Sa-Kyamuni !
… Sa… alors ! Dit la voix émue de Josef.
Ce fut sa première illumination sur la Voie… aussi étrange que celle qu’il eut en découvrant la taille de guêpe du Colon. Car Josef lui-même ne portait ni n’était plus porté par l’uniforme des Marines US : il était nu comme un ver de terre, un vulgaire lombric… hors hiérarchie… et donc non identifiable !
… c’est une métaphore ? demanda Akio
… si tu veux !
Là, devant le Ryozen-ji, il prenait conscience de la réalité des choses.
Il n’était rien sans son costume US des marines… ni Première-Classe et pas encore prophète devenu…
Il avait jeté la pierre au colon pour cette naïve pantalonnade et voilà que le Ryozen-ji le lui renvoyait tel le boomerang javanais…
… indigène !
… pourquoi pas ?
… son image compassionnelle l’avait conduit depuis des lustres à croire que, chez l’élite de West-Point, la taille du neurone était inversement proportionnelle au grade porté sur l’épaule… à présent il ne doutait plus…
Josef se fustigea…
Soudain.
Ce fut l’illumination suivante ! Depuis, il ne compta plus… Akio était là pour ça.
Il comprenait enfin pourquoi la taille de guêpe de Barnaby Parker tenait tant à son étoile qualifiée de bonne : c’était tout bonnement pour être réintégré.
Eh ben, moi… enfin… Josef… je serai celui qui est sans ses seules nippes…
Alors, il se dépouilla…
Mentalement s’entend… tel les peaux de l’oignon… Ainsi symboliserait-il son parcours : il ôterait une peau du légume chaque fois qu’il franchirait un nouveau temple – le Shikoku comptait quatre-vingt-huit temples… l’oignon de Josef recensait autant de couches et davantage encore…
Une fois parvenu au cœur, la voie serait accomplie et le prophète naîtrait… disait-on, pour l’instant le germe était en sommeil.
Il fallait le vérifier.
Alors Josef posa son cul sur un banc de pierre qui jouxtait un plan d’eau où des carpes koïs jouaient aux quatre coins sous un tapis de nymphéas…
… Une nouvelle illumination… chuchota Akio qui notait.
Eh bien… on n’est pas encore arrivés ! ajouta-t-il dans un souffle à peine audible.
Revenons au manu-script de Josef où cet instant fut consigné.
« Nuitamment, je dormis mal… I have a dream… indéfinissable… le futur venait vers moi… dans ma grande compassion, j’avais longuement parcouru les espaces pour diffuser mon prédicat qui aidait tant et tant d’humains à survivre… ma mission était positive et productive… je fus accueilli dans une hacienda à bras ouverts… je rendis grâce aux hommes qui vivaient là, loin des villes, des ports, des aéroports… ils m’invitèrent à participer à leurs humbles travaux des champs… le pouvoir transcendant fertilisait heureusement les résultats… on m’attribua une couche sous les solives, presque à ciel ouvert où j’eus le bonheur de partager l’espace des pigeons ramiers fort roucoulants… je partageais le pain le matin le midi et le soir avec d’autres apôtres, pendant que nos hôtes, hélas malades selon leur dire, sous prescription, devaient régénérer leur chair… les ordonnances médicales ordonnaient un menu fort roboratif digne d’un Trois Étoiles au Michelin : quenelle de brochet, rôti de faisan sauce sapience, godiveau d’ablettes des cours d’eau claire… j’étais empli de compassion pour ces gens qui se soignaient avec tant de rigueur… très souvent, ils devaient rester à leur table sous les lumières crues des candélabres pour terminer leurs plats… alors que nous allions allègrement reprendre le sillon du Seigneur, au bout de six semaines et quatre jours, je préparai mon sac à dos et mon bourdon et je descendis, laissant ensemble mes amis columbiformes s’ébattre joyeusement, lorsqu’un grand diable se jeta sur moi avec un fouet afin de me flageller – ce que tout pèlerin prédicant doit subir une fois dans sa vie pour parvenir à l’essence de la sapience du savoir transcendant… prophétique…
« Que veux-tu de moi, homme, dis-je ? »
Il débita une litanie de blasphèmes qui me causa le plus grand souci pour son âme… car, enfin, me dis-je, depuis quarante-six jours que je prêchais dans cet espace, n’avais-je point donné à cette hacienda ma noble vérité ?
J’étais fâché par tant d’ingratitude et par cette violence verbale autant que fouettable…
… Homme de peu, dis-je, tu me navres… Songe que par mes actions généreuses, ton grain fut ramassé… tes tomates engrangées… tes betteraves récoltées… ton maïs ensilé… ta terre arrosée… ton blé séparé de l’ivraie… je ne crois pas avoir volé mon quignon de pain quotidien…
Repens-toi… car tu ne sais pas ce que tu fais…
… Fous-lui la paix ! décida alors le Saint-Père de l’hacienda.
… Tiens ! me dit-il, pour tes bonnes paroles.
Alors, il m’offrit trois dollars. Or, tu le sais, Akio, le chiffre trois est le symbole de la Trinité… Ce geste simple, cette parole épurée en disaient long sur l’humanisme de cet homme, qui ajouta :
… Je te souhaite un long et grand chemin de paix dans les plaines du Grand Ouest. Nous prierons pour toi… va en paix !
Et cet homme authentiquement authentique m’invita dans un véhicule qu’il venait d’acquérir afin de me conduire dans la ville la plus proche, distante de cent vingt kilomètres…
Ma soif d’humilité ne me permit point d’accéder à sa requête : le carrosse était rutilant, y monter eût été un sophisme…
… Je vais avec ! dis-je en montrant mes pieds.
… Alors va !
Et je traversai les cent vingt kilomètres avec la joie de la mission accomplie, à la tête d’un groupe de quatre-vingt-neuf pèlerins qui eux aussi avaient laissé les terres de l’hacienda pour d’autres aventures…
… Pourquoi tu as refusé de monter dans la Mustang ? Tu aurais économisé cent vingt bornes !
… Homme de peu de foi…
Tu ne sais pas ce que tu dis…
Regarde les faits et choses en face !
… Ben… je vois que tu marches à pied !
Je ne répondis point… devant tant d’inculture.
Moi, je savais que je n’étais point tombé dans la colère et l’indignation…
Pourquoi ces révoltes syndicalistes ?… Ces sentiments pourrissent le lien avec nos frères humains… attisent l’incompréhension… appellent un cortège d’hommes qui viennent bousculer l’ordre des relations humaines… brutalement… inutilement… alors que tout pourrait être résolu par le dialogue…
J’entendis des quolibets…
« Faux-cul ! »
… Fouteur de merde !
… Casseur de grèves !
… Tu parles, on lui avait réservé un palace dans sa soupente avec vue imprenable… alors que nous, on dormait à quarante dans des dortoirs comme des poules !
… Et il snobe la Mustang ! Le curé !
… Un jobastre !
Ce rêve venait à point dans mon cabotage sur la voie… Jérémie, lui aussi, avait subi ces insultes, qui fortifièrent sa raison, son cœur, sa pensée de celui qui disait :
« Que cela soit ainsi ! »
… là, je m’éveillai…

À l’aube du nouveau jour, vers les 5 heures, le dormeur Josef ouvrit les yeux sous l’effet d’un signal venu d’en haut. Il vit alors le dortoir du Shikoku où il avait chu : il était passé d’un seul coup de l’état d’inconscient à celui d’éveillé, une mutation de quidam vers le pèlerin-prophète…
Et cela le réjouit fort !
Akio n’eut pas cette chance… qu’il dorme tantôt d’un sommeil profond, tantôt les sens en alerte, il était resté aide-de-camp, il veillait. Le mouvement de Josef le réveilla. Une fois leur paquetage rassemblé, ils filèrent à la table du minshuku, l’auberge traditionnelle japonaise pour pèlerins et autres péquins.
Car il faut le préciser clairement. Josef et Akio accomplissaient le Shikoku, un pèlerinage de 1 200 kilomètres sur l’île éponyme – un long chemin pas si tranquille que ça. (Tu l’as déjà dit. Note du NDLR)
Il est peuplé de quatre-vingt-huit temples que le pèlerin doit pénétrer.
La Voie est une boucle… elle se termine par le temple 88 qui se trouve non loin du temple 1… un cercle aussi boiteux que le pèlerin à l’arrivée mais dans le sens des aiguilles d’une montre.
Au passage, on peut admirer le détroit de Kii, l’océan Pacifique, le détroit de Bungo et la mer Intérieure…
Si on résume, il fallait cheminer pour visiter les quatre-vingt-huit temples… tous plus ou moins identiques.
La réalisation de la voie se divise en trois élévations qui marquent le passage du pèlerin : l’Éveil, l’Ascèse et enfin l’Illumination.
… Un parcours initiatique… expliqua Akio.
… Faut voir… confessa Josef sceptique comme tout prophète naissant.
Le chemin conduisant au temple 12, le Shosan-ji, permit à Josef d’atteindre à la fois le sommet du mont où se juchaient l’édifice et une forme d’Illumination avant l’heure…
Il pleuvait…
… C’est bon signe ! Psalmodia Josef, car le Bouddha, dans sa noble compassion, envoyait aux marcheurs-pèlerins une rosée afin de les rafraîchir des sueurs de la marche…
Que ce geste était judicieux et plein de sagesse !…
Mais le chemin était glissant comme tout raisonnement dialectique, tel son rêve de la nuit précédente où un gaillard avait voulu le fouetter, là-bas, dans les plaines de l’Ouest… oh ! grands dieux : ce n’était qu’un rêve !
… C’est du bon sens ! Approuva Josef – car toute glissade dans la vie conduit l’homme à accepter chaque jour un peu plus d’avanies jusqu’à ce que, le dos courbé, il transcende l’inacceptable…
Le ciel dans son infinie bonté abreuvait la terre, qui pour ce faire avait dressé un merveilleux décor de sombres parures en velours nuageux qui parfois s’éclairaient de splendides zigzags lumineux… le spectacle était grandiose.
… Nous sommes aux premières loges. Murmura Josef, soudain illuminé par un éclair du Metteur en scène… céleste.
Le sentier, par la magie de son créateur, le moine Kobo Daishi, présentait des variantes topologiques : il traversait des végétations, des espaces boueux qui reflétaient le ciel, montait au milieu de magnifiques drailles, puis descendait en pente raide, comme une piste noire pour skieur septième degré… c’était sublime…
Enfin, le must, furent les marches de pierres taillées en forme d’escaliers… Josef avait déjà compté trois cent soixante-deux degrés lorsque survint l’illumination finale…
… C’est fort bien architecturé… Allait-il formuler quand le support sur lequel il venait de poser son pied gauche s’avéra… branlant.
Josef plana, Jérémie chut pendant un certain temps vers l’espace plus bas par la grâce de la pesanteur recouvrée. Le pèlerin alla rejoindre tout droit la boucle qu’il venait de franchir une demi-heure plus tôt… ce fut un choc choquant.
Là, l’Illumination cessa soudain – elle ne dura qu’un instant et fut suivi d’une réelle abomination… tel l’Enfer Noir de Dante…
Josef venait de découvrir la réalité de l’Illumination alternative qui est le cheminement normal vers l’Illumination continue…
… Ça va ?
Josef ouvrit les yeux… Un Nippon le regardait… Il lui rappelait quelqu’un…
… Heureusement, qu’il y avait des bambous sur la falaise… Ils étaient mouillés… Tu as glissé, mais ils ont freiné ta chute… Tu peux te lever ?
Le premier réflexe in petto de Josef fut : C’est la première fois que j’entends cet homme prononcer une phrase aussi longue… Serait-il lettré ?
Alors, il se leva… Il était entier…
… un miracle ! dit le scribe, quoique faut voir !  poursuivit-il… car il comptabilisait les événements…
Le pèlerin s’était rétabli dans sa capacité bipédique, il fallut refaire la boucle du chemin qu’il venait de grimper une demi-heure plus tôt et revenir là-haut au point de départ du glissement de rhétorique randonneur. Il reprit du souci et se souleva pendant bien quarante minutes jusqu’à ce niveau. Là, il fit une halte pour apprécier la fameuse boucle de rétrocession qui illustre le couple action-réaction… depuis la pierre angulaire où il avait glissé…
… Car, vois-tu, Akio… tout acte génère des conséquences… Kobo Daishi a eu bien raison de construire cet escalier, c’est le seul moyen qui permette l’éveil.
… Déjà ? S’étonna le scribe émerveillé.
Et ils arrivèrent enfin au lieu-dit « Shosan-ji »…
Et ce fut bon.
Ce fut encore meilleur lorsque Josef prit l’ofuro, le bain traditionnel japonais purificateur. Dans l’eau à 42 °C, il médita si bien qu’il finit par s’endormir, soudain, il coula comme une pierre au fond de l’eau alors qu’il élaborait une métaphore sur le poisson koï, cette célèbre carpe japonaise qu’il tentait de transformer en parabole.
Heureusement, Akio veillait…
Il était là pour ça.
… Toi fatigué !
Josef comprit le message. Sa hanche droite ressentait autre chose : la peau était calligraphiée dans le sens vertical, c’est-à-dire de l’épaule au talon, labourée, égratignée, traumatisée, estransinée, ensanglantée…
… Ce n’est rien… c’est le début de ma métamorphose…
Mais ce « rien » fut balayé d’un revers de main… si tant est que cette litote soit possible !
Pourtant, la nuit, qui généralement porte conseil, n’apporta point le baume du réconfort… Josef dormit quelques secondes… de 21 heures à 5 heures… espace-temps qui totalise plusieurs dizaines de milliers de secondes espacées…
Au signal d’en haut, Akio, vif comme l’argent dont il était dépourvu, ouvrit le chemin vers la cantine du minshuku… Josef suivait, cacochyme à la marche syncopée, à cause de la hanche droite qui regimbait à l’appel de l’éveil.
Ils reprirent des forces, car il restait soixante-seize temples à visiter.
La question lancinante perçait quant à l’éveil dès la douzième station sur la Voie.
Fallait-il accomplir les 76 suivantes… telle était la méditation du jour…
Ils sortirent…
Et là, garé, hors de l’espace sacré, un véhicule de l’US-Land attendait.
Telles les carpes koïs dans le bassin du hondo proche… les pèlerins, en formations erratiques dans leurs aubes blanches, quittaient, repus, le minshuku, en grappes, en colonnes, deux par deux, évanescents ou solitaires, ils s’engageaient sur la Voie dans un ordre que Barnaby, raide à côté du chauffeur, avait qualifié de « chaotique ».
Le peuple pèlerin lui rendait bien la pareille en ignorant superbement son « tas de ferraille US ».
C’est de cette façon que procède la pensée métaphysique lorsqu’elle ne peut faire autrement. La négation se traduit par l’inexistence du fait : même si le pèlerin glisse, évanescent, à dix centimètres du réel métallique, son indifférence rend cette chose sans consistance ni enveloppe ni contenu.
C’est bien ce qu’avaient tenté Josef et Akio, pèlerins sur le Shikoku, dans leur camouflage authentiquement nippon et particulièrement pèlerin. Mais c’était sans compter sur la perspicacité de Parker Barnaby, technicien des services secrets, colonel en quête de son étoile, qui reconnut avec l’acuité qui était la sienne… Josef costumé en pèlerin.
Pourtant, en camouflage, il était fort, le Josef.
… Le voilà !
Et selon la formule, le colon gicla pour couper la voie au mutant.
Josef réagit…
… Que viens-tu faire ici, homme de peu ?… Ôte-toi de mon soleil !
Barnaby se tourna vers le chauffeur
… qu’est-ce qu’il dit ?
… sauf votre respect mon colon… il vous oppose la même réponse que Diogène de Sinope, fit à Alexandre…
Ah ! Lexandre !
Alors, nous vîmes ce que peu de quidams eurent la chance de voir et pour cause les pèlerins étaient déjà loin en cette heure de disette de lumière solaire, personne ne s’était attardé, si bien que seuls Akio, le chauffeur érudit douillettement planqué à l’intérieur du command-car et le prophète en vol ubiquitaire virent le phénomène : un colon, du pays de l’Ouest, le plus fort, le plus beau, le plus compassionnel, le plus universel, le plus mcdonalisé aussi… tomber sur ses genoux afin de vénérer le pèlerin arrivant…
Presque canonisé ! pensa Akio. Nous n’en sommes qu’à la visite du douzième temple et le quidam devient déjà vénérable… J’ai un doute… Mais il garda sa pensée pour lui-même.
… Relève-toi, militaire, tu vas salir ton beau costume ! Prononça, patelin, le pèlerin du début de la Voie…
Le colon n’en fit rien…
Il pleurait…
Il geignait…
Il frappait le sol de son front bombé – de tèste d’ase (expression tirée des troubadours médiévaux méditerranéens, la seule qui vint à l’esprit de Josef : tête d’âne traduisit NDLR).
La scène était pathétique, la mise en scène dramatique, sur ce sol datant du miocène, peut-être même du pliocène…
… Que veux-tu de moi ? formula le pénitent.
… Reviens !
… C’est bien ce que je pensais… murmura Akio presque à haute et intelligible voix.
… Je n’ai pas encore accompli ma métamorphose… je suis encore inaccompli !
… Que nenni !
… Mais encore ?
… Putain… on a des papiers et personne n’y pige que couic !
… Ça, c’est parlé !
… Causons !
Ils causèrent…
Lisons le texte du manu-script qui révéla l’accord secret qui naquit ce jour-là.
« Je consens à quitter temporairement le Shikoku pour la mission de décodage – ce qui, au fond, est une épreuve de plus vers la voie, à condition de vivre le sentier érémitique loin des pompes et circonstances de l’US-Land, dans la thébaïde que mon aide-de-camp m’offre spontanément… Tous les matins après mes oblations, je décoderai…
Le plus complexe fut de définir l’heure de la fin des oblations… Ce fut long… L’aiguille du quart s’arrêtait souvent entre 5 heures et 11 heures, mais ne parvenait pas à se fixer sur une demie… Akio qui veillait eut alors cette idée géniale :
… on décodera après le déjeuner du matin !
… parfait ! dit le colon, qui était ému d’émotion de pouvoir parvenir à ce résultat.
… donc, il faut fixer l’heure du déjeuner ! Suggéra Akio.
… la négociation reprit…
Pour se fixer à cette boussole simple que le déjeuner dépendait de l’inspiration de l’éveil, car on ne pouvait prévoir la faim de l’Illuminé…
… autant que la fin de l’Illumination…
on
fixa donc le cap de Bonne-Espérance « après le déjeuner » sans autre consigne…
Ce qui permit de conclure une conclusion.
Et nous fîmes le trajet jusqu’à Yokosuka… selon une logique toute US… dans un command-car.

Lisez donc !
Akio grimpa dans l’habitacle, suivi du pèlerin en mutation qui revenait presque dans le giron US par la petite porte.
Ils traversèrent en command-car l’île Shikoku d’est en ouest jusqu’au port de Matsuyama… ils auraient dû le faire à pied… mais ! là, au port, ils embarquèrent le véhicule et ses corps intégrés sur un ferry, qui cabota en catimini sur la mer dite Intérieure jusqu’à Iwakuni – disons pour être précis sur une rive où se situait la Marine Corps Air Station, sur laquelle on ne peut s’étendre davantage au risque de compromettre les secrets de ce corps d’élite.
Pendant tout le trajet, les consciences des quatre personnages en quête d’absolu se perdirent en conjectures… Le chauffeur cherchait sa route… Barnaby cherchait le moyen de moderniser ce pays en traçant d’un trait une voie rapide en ligne droite qui aurait eu l’avantage de faire gagner deux heures et une étoile pour avoir modernisé cet antique territoire grâce à un gain de rentabilité fordien. Akio cherchait ses lunettes, eh bien, oui, il en avait, où étaient-elles ? Josef cherchait ses mots, afin de compléter son manu-script selon les principes du métamorphisme permanent…
Le cabotage dut subir des brises marines qui se brisèrent lorsqu’ils touchèrent terre… Une délégation discrète de quatre véhicules de police encadra le command-car et la colonne, sous le silence ronronnant des moteurs quatre ponts, fila quelques nœuds pour atteindre la base.
Dont nous ne révélerons rien.
Là, un avion discret type jet-set les attendait.
On admira le soin avec lequel Barnaby Parker organisa le camouflage qui consistait à infiltrer le tissu d’espions dans ce territoire vassalisé mais encore rebelle. Or, les deux personnages en costume de pèlerin étaient contre toute attente de vrais pèlerins. Il suffisait de les voir, avec leurs vêtements blancs et leur chapeau conique en paille de riz – sauf qu’aucun spectateur ne le savait, car tous croyaient apercevoir des espions masqués en pèlerins… sous la houlette surveillante de Barnaby…
Il était fort, Parker.
La classe.
Nul ne dit mot…
Barnaby était sur la voie de son étoile future en vue à l’horizon.
Et l’avion prit de la hauteur céleste pour la rejoindre…
Hélas, il fallut quitter l’espace où migrait la conscience des prophètes pour revenir sur l’asphalte…
Sauf que Josef ne réintégrait point la communauté des cénobites de l’US-Land… Toutefois, l’emergency exit le fit gicler vers un groupe de MP qui attendait.
Quel voyage !
Les forces du Power-Universel encadrèrent les deux inconnus devenus henro par la grâce du Shikoku. On monta dans une ambulance et, discrètement, sous le meuglement des sirènes, ils franchirent d’une traite l’espace-trajet qui ouvrit les portes de la base sécurisée du corps des marines.
… Ouf ! Certifia Barnaby, qui mit cette victoire à son actif pour compléter son CV, toujours dans l’optique d’obtenir son étoile.
Nous étions devant le bunker…
… Allons-zi ! suggéra Parker.
Alors, ils y allèrent !
Et toujours aussi discrètement, ils franchirent tous les sésames sous les regards ahuris-indifférents, selon le bel oxymore qui caractérisait les camouflages de Parker… Les voilà devant l’huis du GI, qu’Akio découvrit pour la première fois – car l’US-Land avait fait une concession de taille en laissant un natif pénétrer dans le saint des saints du bunker.
La musique céleste égrena sa gamme à cinq notes…
… composition de Matabuwa ! précisa Akio. Époque bleue !
… ah ! tu sais ! toi ! Souligna Josef.
Les tubes tintinnabulèrent tels qu’en eux-mêmes…
… un tube à la mode. Ajouta Akio doctement.
… un aide-de-camp comme on n’en fait plus ! Conclut le défroqué GI.
Ils entrèrent dans l’espace…
… attends !
Josef redevint l’Indien Algonquin qui tente de déceler le moindre indice d’une effraction dans son carré sacré. Il se posta comme toujours à l’extrême des rayonnages pour évaluer l’alignement des volumes… Longuement, il observa… Et à pas de loup, tel un renard en chasse, il s’approcha de l’étage number five pour sortir un bouquin. Il avait été bousculé par une main espionne…
L’exemplaire était défraîchi… C’était The Deadly alliance, un manga que Josef avait acheté pour étudier le vocabulaire de la zone nippone…
… c’est manga-cul, ça ! Affirma Akio.
… sauf que certains s’intéressent à manga-cul !
On frappa à l’huis…
Les tubes tintinnabulèrent (le temps de permettre aux occupants de se préparer à l’imprévisible) et la porte s’ouvrit : un messager leur apportait une missive pliée en quatre et scellée par une cire rouge encore chaude.
… Comme chez l’empereur. Souffla Akio qui avait fait des études historiques.
Josef tenta de briser le sceau encore collant…
… On est priés de venir prendre le thé !
C’était un texte codé… bien sûr.
Le planton restait planté…
… tiens, mets-toi un peu de ça, c’est du « Sang Bon de GI! » un parfum à la mode.
Et Josef fit le geste après la parole en lui vaporisant vigoureusement de sa lotion…
… moi, pas aimé ! Confessa Akio.
… cette fragrance te protège des influences néfastes… Ici, les succubes prolifèrent… Tu ne les vois pas, mais elles te corrodent profond !
Et ils suivirent le factotum. Derrière eux le son tintinnabulant tintinnabulait déclinant dans un diminuendo douloureux…
Parce que le peuple est affranchi, nous ne décrirons point la progression vers la salle des pleurs qui était le rendez-vous final… le scribe a déjà détaillé ce processus… Seule touche nouvelle à ce tableau pointilliste, et quelle touche ! l’entrée du Josef flanqué de son aide-de-camp en vêture de henro, chapeauté comme il se doit du couvre-chef conique en paille de riz…
Heureusement, le thé était servi et cette arrivée passa totalement inaperçue – le camouflage était parfait.
Selon le rituel, la toute-puissance de l’US-Universel était rassemblée d’un côté de la longue table selon l’art de la Cène… Des estafettes avaient ajouté des rallonges afin que les convoqués arrivants puissent débattre plus aisément. Barnaby Parker était au centre ; à sa droite, deux groupes de trois ; à sa gauche, deux groupes de trois… Josef comprit que cette mise en scène avait un sens… Lequel ? Secret-défense !
Il restait donc aux deux henro – que l’on désignera par commodité du titre de « pèlerins » –  de poser leur séant sur l’autre bord en face de ce dispositif complexe… Ce fut simple : ils n’étaient que deux pèlerins ; il n’y avait d’ailleurs que deux sièges… La configuration donnait à peu près certainement ceci : un face-à-face entre treize sommités aux cheveux ras, costumées de lumière, de décorations et de cols empesés – un bloc de gloires et de pouvoirs non occultes – et deux henros du culte zen…
Ils eurent chacun une pensée pour caractériser ce dispositif…
Pour Josef, ce fut l’alternative bien connue soit… c’était ça… soit c’était autre chose… take care…
Pour Akio, ce fut du simple calcul mental… Treize, ce n’était pas un compte rond… il y en avait un de trop… Il chercha lequel pouvait riper pour faire douze… Il ne put aller plus loin, car ils furent interpellés par un subtil prédicat :
… Bienvenue ! prononça la voix west-pointienne de Parker.
Écoutons maintenant comment Akio devenu témoin de ces échanges rendit compte dans son manu-script : rien n’est plus révélateur que celui qui décrit ce qu’il voit sans comprendre le sens caché des symboliques, des rituels, des codes. À l’instar de ces diplomates de l’ère Meiji qui vinrent jadis dans les espaces de l’Ouest et retracèrent par le menu tous leurs étonnements…
« Pourquoi tant de circonvolutions ? m’étonnai-je… Pourquoi Josef se mystérisait-il à ce point lorsque le débat roulait sur un chef qui prenait la tête des croisés universels… un Casque d’Or… qu’un François aurait prophétisé ?…
Devant Parker Barnaby, grandiose, il y avait des papiers… Beaucoup… C’était, semblait-il, l’objet du débat et du retour de Josef…
Mais ce qui m’étonna le plus, c’était que les treize à la douzaine ne parvenaient point à lire ce qui était écrit…
Voilà donc à nouveau la mission de Josef… il n’en finirait donc jamais ?
Le cacique lui tendit un papier que je pus lire… Oh ! un très court message…
« Casque d’or… élu ! »
Mais je pus le lire en langue universelle US compassionnelle… Je levai la tête, étonné que ces treize qui portaient sur eux tant de diplômes, affichaient tant de barrettes colorées sur le côté gauche de leur fronton vestimentaire, ne pussent le comprendre…
Mais Josef sut interpréter ce message…
« Ce n’est pas le candidat que vous attendiez, s’pas ? »
Eh oui… c’était bien cela.
Alors un débat déballa les ébats contrariés des carrières, ce fut le déballage. Tout foutait le camp. Ces treize avaient misé sur une notable qui n’entrerait pas dans les points – exit les nominations en instance que recélaient les petits papiers du déchu… il fallait reprendre tout à zéro… le lèche-cul enseigné à West-Point… quel temps perdu !
La question fut formulée selon d’étranges spirales en progressions concentriques, qui, résumées, demandaient… imploraient presque :
« Que disent les Tortues blondes ? »
Josef venait de reprendre du galon. »
Le manu-script s’arrêtait là… Akio, vaincu par la mise en scène de Barnaby, préféra laisser la page vierge plutôt que d’user son pinceau à calligraphier…
D’ailleurs, il n’avait plus d’encre – ce fut le point d’orgue… cet instant où une assistante entra pour offrir des esquimaux au chocolat…

Mais qu’en pense le lecteur, lui qui a payé pour lire ? Il veut savoir, lui qui est assis sur son fauteuil ou derrière sa tablette, bousculé dans le métro ou ballotté dans le bus. Il en veut pour son argent, à moins d’avoir volé cet opus – normal, il en veut pour son larcin… canaille !  

                                      Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
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vous trouverez les opus édités…
                                                                                      L’Ange Boufaréu

Josef se prépare pour le grand pèlerinage : le Sakoku…

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23… où l’on apprend que Barnaby réintègre l’unité que Josef va quitter… l’un poursuit sa voie vers sa première étoile… l’autre rêve à sa voie vers celle de prophète…

… je relis ? interjeta Akio.
ce n’est pas ce que j’ai dit !
… bon.
Akio rassembla ses feuilles de notes et ferma les deux yeux… enfin.
La porte s’ouvrit à nouveau…
Une nouvelle équipe de quart surgit…
… On vous attend !
Josef se leva tel Lazare. Il dut accomplir tous les tests imposés pour la sortie de l’hôpital – ce qui dura quasiment tout le matin – afin de prouver sa vitalité recouvrée.
Un homme en blanc se plaça sur le flanc gauche du carré, le bâbord du navire. Il était assisté d’un serveur qui transmettait des documents que l’on avait transportés sur une table roulante – le style était d’un mot en ible… qu’il avait oublié.
Là, l’homme en blanc chaussé de gants immaculibles ? – serait-ce possible ? – faisait passer le feuillet à Josef qui était assis en tailleur, tel le tribun de Bénarès. Josef-Jérémie, d’un seul coup d’œil d’un seul, scannait le texte qu’on lui présentait et le traduisait en l’espace d’une nanoseconde en US dialecte intelligible… Puis un homme en costume militaire placé à droite – le tribord en somme – retirait le papier et l’estampillait d’un sceau humide d’une belle couleur rouge sang.
Voilà pour la description de ce test très simple pour celui qui voudrait devenir prophète.
Ce qui était le cas pour Josef.
On doit rajouter que le Power en profitait… l’US-Power… bien sûr !
Jugez donc !
Ces documents étaient la somme des messages reçus durant l’espace-temps pendant lequel Josef fut fracassé à cause d’un cœur empli de compassion à l’égard de Parker. Vous vous en souvenez, j’espère. Si bien que, depuis ces jours enfuis, nul n’avait été en mesure de résorber cette vague d’informations non traduites. Le camp US de Yokosuka était sur le qui-vive : on avait renforcé les rondes, un train de marchandises avait livré les trois mamelles du GI : hamburger-muffin-Coca et on attendait le bon vouloir de la santé de Josef.
… C’est pour ton bien, Révérend !
L’exercice était effectivement salutaire pour les neurones, muqueuses et autres synapses du convalescent…
Il conversait sans failles en arabe, en latin, en bas patagon, en haut landais, en volapük italique, en serbo-croate archaïque, en anglais même et en US dialecte texan avec une maestria qui ne surprit personne.
À preuve, Akio méditait toujours les yeux clos…
Au bout de trois heures et sept minutes, un million trente-trois mille six cent soixante-sept documents furent traduits. Les gants du passeur étaient noirs d’encre – preuve irréfutable du bon déroulement du test.
… Non ! Il en reste un… c’est écrit en…
Le serveur hésitait, il ne savait pas…
… De l’algonquin ! Précisa Akio, qui, les yeux clos, avait tout enregistré.
Josef prit son temps… qui suspendit son vol… selon le dit… pour traduire.
… À bientôt… ! Et c’est signé : « Les Tortues blondes » !
… Parfaitement inutile ! jugea le costumé en reprenant le document avec un mouvement très suspicieux.
… Si j’étais toi et non ton frère… je ferais gaffe à ce papier…
… O.K ! Révérend !
Il tourna sept fois sa linguistique dans son Wrigley mâché… puis…
… À présent, vous avez quelques mouvements à exécuter !
… Simple contrôle physico-physique…
L’équipe de quart colla une bande rouge sur le sol de la longueur du plus grand côté de la chambre – cinq mètres, semble-t-il – et Josef dut marcher sur ce support étroit de dix centimètres en faisant des allers et retours pendant une bonne heure tout en s’appliquant à poser son pied nu sur la marque… afin de prouver son équilibre…
À un signal donné, l’équipe étala la même bande sur le mur en prolongeant celle du sol jusqu’au plafond…
On donna l’ordre de suivre cette marque du sol au plaf… ah ! mais…
Josef partit d’un bord, franchit bien les cinq mètres au sol, puis s’arrêta longtemps, méditatif, devant le mur. La graine de prophète allait-elle le faire ? Tous attendaient ce moment. Akio avait sorti ses mines ; l’officier en costume… son chrono…
Et là Josef eut un petit sourire entendu… Il n’irait pas…
Ce fut alors un tonnerre d’applaudissements qui saluait la messianique perspicacité du prophète en mutation…
… Tu ne tenteras point le mur de ton Seigneur ! affirma Josef.
… exact, le piège de Matthieu a été déjoué… Un prophète est né.
… Il faut l’écrire ! dit le chronométreur.
… Ben, qu’est-ce que je suis en train de faire ? Soupira Akio.
… Vous avez accompli… l’au-delà de l’impensable… que nous avions théorisé !
Ce fut alors les procédures classiques du départ.
… Vous avez soixante minutes pour vous mettre en tenue de parade !
Et l’équipe de quart quitta la 369 à la demie.
L’aide-de-camp laissa son maître dérouler ses rituels et Josef-Jérémie alla prendre une douche bien chaude…
Il évaluait à quel point cette quarantaine vécue pendant ces vingt et un jours fut métamorphique…
Et il fut prêt.
Fringant…
Costumé en US réglementaire tenue…
… Akio ! déclara le GI, je te somme de préparer la suite de mon périple prédicant… Tu appartiens à cette terre inculte, va préparer mon illumination future qui se déroulera suivant l’oracle sur le célèbre Shikoku
… Non ! dit Akio. Toi… tu vas vivre ton Shikoku ?
… Je dois suivre la Voie…
… Tu vas suivre les quatre-vingt-huit temples de la sagesse ?
hai !
… le pèlerinage dans l’île de Shikoku ?
re-hai !
yoi !
Et c’est ainsi que temporairement l’aide-de-camp quitta son seigneur…
L’un allant, selon le dit du maître, ouvrir la voie pour que le second accomplisse cette même voie… d’une voix harmonieuse.
Akio disparut comme par enchantement…
l’Orient est plein de mystères… observa Josef.
L’équipe de quart apparut comme à son habitude… aux trois-quart…
l’US-Land est plein de subtilités… conclut Josef.
Un convoi, avec fanions, majorettes et fanfare, attendait le revenant Révérend.
Il descendit, humblement triomphant, monta dans le command-car et franchit les trois mille deux cent dix-huit mètres et six cent quatre-vingt-dix-huit millimètres qui le séparaient du bunker…
… Deux miles enjoy ! Dit le chauffeur… qui fit trois voltes pour saluer le drapeau… c’était sa punition pour l’avoir oublié la fois passée…
Les joggeurs sur le stade le saluèrent, les portes s’ouvrirent, une standing ovation beugla à son retour… c’est mieux en US-Language…
Et Josef reprit son rythm and blues…
Il ouvrit sa porte, après le rituel des deux minutes de musique durant lesquelles les tubes bouddhiques tintinnabulaient leurs cinq notes, il franchit le seuil et se plaça immédiatement en face des rayons de ses dicos : ils étaient restés immobiles pendant toute son absence… nul n’était venu polluer cet espace sain… la sacralisation enfin !
Josef prit un siège.
Là, il sut que le temps était venu…
Quelques espace-temps plus tard…
On frappa à la porte avec délicatesse…
Elle s’ouvrit.
Deux MP stationnaient devant… l’un lui tendit un ordre du jour…
Après avoir salué Guanyin, Josef les suivit…
Dans les escaliers, les couloirs et les antichambres, le peuple vaquait, mais, en le voyant passer, il s’écartait avec respect et s’inclinait. À la fin du parcours, les trois hommes arrivèrent devant la très célèbre salle des pleurs…
Josef entra, en laissant les deux tas de muscles attendre dehors.
L’aréopage galonné se leva, ému…
Au centre, le colon Barnaby Parker à la taille de guêpe présidait contre toute attente… on ne savait pas quel était le sujet… il officiait.
Ce fut émouvant et bref…
L’orateur en chef délégué par le Pentagone prit la parole pendant que le Parker reniflait… à cause du DDT… anti diptères…
Grand silence…
Josef était seul sur un bord de la vaste table… l’autre bord était occupé par la foule de chefs aux multiples barrettes… les breloques tintinnabulaient… intimement…
… Josef-Jérémie, fils de Gottfried et de Yépa, vous avez sauvé, grâce à vos miracles, notre cher fils ici présent : l’icelui numéro 1 major de West-Point… le colon Barnaby Parker, ici présent.
La fierté de la nation nous fut ainsi rendue en prime-time.
Grâce à vous… Parker deviendra… c’est sûr, le guy étoilé que tous attendent…
Nous avons décidé à l’unanimité de vous accorder une indulgence pour cette convalescence miraculeuse.
Nous vous offrons un avenir de méditation jusqu’à la fin des temps, sur le territoire qu’il vous plaira de choisir !
… Rompez !
Les bonnes règles bourgeoises eussent voulu que le colon et Josef s’embrassassent comme des collégiens, mais le règlement des guy de l’US-Land se situait bien au-dessus de ces épanchements romantiques…
Josef sortit…
Il retrouva ses deux piliers de muscles.
Une page se tournait… on ne lui avait rien demandé…
Le lecteur peut essuyer une larme sur cette chute virile, car l’US-Land ne songe point aux sentiments lorsqu’il envisage le futur de ses élites et encore moins des peuples qu’elle colonise.
Le seul ennui dans ce schéma généreux qui accorde un temps de vacances illimité à Josef-Jérémie était effectivement la vacance des traductions…
L’émotion du porte-parole avait omis ce grand point d’interrogation pour cette fin d’étape…
« Qui va traduire les messages stratégiques pendant son absence… Hein ? »
Que l’on rassure les lecteurs, Barnaby trouvera la solution, car même absent, le pouvoir du prophète était sans limite… et Barnaby pensait toujours à son étoile… la bonne évidemment…

                                                 Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
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                                                                                      L’Ange Boufaréu

 

 

N°22… où Barnaby confond Bossuet et le “boss hué”… à West-Point

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22… où, Barnaby confond Bossuet et le « boss hué »… à West-Point.

C’est ainsi que Josef fut sur la trajectoire de la voie qui le conduisait à prononcer son premier grand sermon public… Akio, le fidèle aide-de-camp, apôtre en quelque sorte saisit à la volée le texte en revers croisé… le colon en prit pour son grade pour le restant de sa queue de comète… les lecteurs en furent tout esbaubis, mais s’en remirent grâce à une goutte d’alcool… « De riz » précisa Akio… « Mais toute goutte est bonne à prendre ! » ajouta-t-il.
« Dehors ! »
« Oh ! Ça va ! J’ai compris ! »
Un olibrius ridicule venait de franchir la ceinture de sécurité de la room 369… pour vaquer à quelques misérables prétextes lui permettant d’ouïr sans bourse déliée le message prophétique… mais devant la levée de bouclier du samouraï… les gros yeux du colon… le « Casse-toi pauvre c… » de l’éboueur… le vent messianique des messages induits le projetèrent aussi sec autant que manu militari hors du champ… la porte se closant… chutèrent alors les rumeurs.
On laissa s’apaiser les mouvements de l’air afin que la parole puisse s’épanouir dans l’éther… éthéré… du phalanstère… seul un hyménoptère… foutait la merde…
Akio ne lui laissa point le temps de poursuivre son ramdam… aussi vif que l’argent, il sortit son kaiken… d’un seul coup d’un seul, il divisa l’insecte bourdonnant en deux tronçons palpitants, par la magie de la lame vibrante du guerrier… ils churent derechef.
… Tu as la parole grand Tairo… 大老! murmura Akio, Oh grand nouveau !
Mais un prophète ne débite pas son laïus sur commande. D’abord, il se recueille, il entre en lui-même, souvent il ne retrouve plus la sortie…  que nenni : il médite.
Dans cet exercice, certains ronronnent, on dit alors qu’ils ronflent terme très mal adapté pour décrire cette production méditative, car le son émis n’est que le reflet de l’intense activité-cérébrale en cours de réalisation tel l’insecte bourdonnant…
Akio… aide-de-camp avait à présent une grande expérience de l’attente… il patienta donc d’un œil… pendant que l’autre se ferma pour un repos gagné… bien ou pas, ce n’est pas la question. Vous constaterez que cette personne avait deux yeux ayant chacun une fonction différente voire même opposée… cette remarque est utile, car un seul œil fermé ne produit aucune activité ronflante… tout simplement parce Akio ne méditait pas… il veillait : nuance.
Barnaby… puisque c’est son nom paternel… certes intime… mais n’est-on point dans ses petits papiers depuis le début ? Barnaby donc resta sur le qui-vive… tendu en l’attente de la parole prophétique… d’autant qu’il n’avait plus rien à se mettre sous la dent… pas le moindre esquimau, exit les muffins, disparue la cave de coca… il était au pain sec sans pain… l’impatience le taraudait tels ces chirons que les spécialistes appellent « petite vrillette » que l’on rencontre dans les vieux bois canoniques des fermes des bas-empires finissants… parce qu’ils s’ennuient, alors ils vrillent le bois… non, ce son ne s’apparente pas au ronflement, mais une sorte de stridulation qui taraude les tympans. Or, le colon était encore un peu enveloppé pour jouer le rôle d’une « petite vrillette » dans un environnement où le bois canonique était avéré absent.
Rien à bouffer, rien à boire, rien à vriller… le colon marchait… en attendant le sermon… qui ne venait pas…
Car Josef méditait… on l’a déjà dit !
Alors, tel Paul sur le chemin de Damas… le colon franchit des centaines des milliers de miles dans l’espace 369 de la room 5 sur 6 mètres… pendant que Akio veillait d’un œil, que Josef méditait des deux yeux… et comme le jour a une fin, vint le soir, qui vit poindre les lucioles au loin et les lustres au plafond… le colon marchait toujours… l’heure du rata était largement tombé dans les oubliettes de l’histoire des services de la restauration hospitalière… le colon marchait sans cesse… c’était pathétique, quelle ardeur.
Dans ce vaisseau médical arrimé sur l’espace Yokosuka, tous les étages s’endormaient et l’on entendait grossir le ronronnement caractéristique des allongés… dans la 369, un seul veillait… un autre marchait… un prophète méditait.
C’est ainsi, que, pendant trois jours et trois nuits… se construisit l’annonce faite aux peuples des monts des vallées des mers… et des plaines hyperboréennes…
Un matin du quatrième jour… la porte s’ouvrit… le colon crapahutait toujours… mais nul ne le reconnu… tant son chemin vers l’illumination était accompli…
Ce fut le deuxième miracle de Josef…
… troisième ! Rectifia Akio ! Qui veillait, un chrono et un carnet de marches à la main…
On remarqua alors qu’Akio, l’aide-de-camp, n’avait fermé l’œil droit au travail depuis trois jours pour n’ouvrir l’autre fermé pendant le même temps… un nouveau cycle…
Le colon vadrouillait…
Josef corrigeait son sermon…
… ben, mon colon… vous n’aurez pas à changer de bloc… vous les avez perdu… vos kilos…
Le clone d’Hippocrate ameuta ses coreligionnaires qui rappliquèrent.
Ce fut un grand chambard sauf que la surface devenait trop exiguë, le colon privé d’oxygène chut dans les bras d’une splendide femelle en blouse immaculée qui le reçut cinq sur cinq… on en profita pour le monter sur le peson qui avait été amené afin de constater l’incroyable mystère de la diminution des corps…
« Vingt-trois kilos secs ! » annonça le juge de ligne…
Une salve d’applaudissements entérina ce record. On allait lui remettre la médaille “Flat belly” lorsque Akio suggéra que Josef méditait toujours… et donc… peut-être… faudrait-il… si ces gens voulaient bien… foutre la paix… à Jérémie… qui manquait d’éther.
Le groupe alors vérifia l’état des rotules du marcheur… deux servants firent des piqures à des points connus d’eux seuls… la dame en blanc administra des pilules qui réactivèrent les muqueuses… et l’équipe de quart sortit se félicitant d’avoir permis à la médecine de triompher recta des rondeurs adipeuses.
Le colon… se sentait plus léger… il continuait à mettre un pied devant l’autre, par habitude… mais moins gaillard… il flânait en somme… la phase de récupération…
Le moment semblait venu où Josef allait parler…
Et c’est là que se produisit le neuvième miracle…
… quatrième ! purifia Akio.
Le marcheur et l’aide-de-camp… assistèrent médusés, il faut le dire à un phénomène unique… car nuls ne savaient ce qu’il allait advenir après ces trois jours intenses d’attente prophétique… alors, ils virent… Josef sur sa paillasse se mit en mouvement sur le plan horizontal, il s’élevait au-dessus du cadre métallique de son grabat, c’était hallucinant, à tel point qu’Akio et le colon en furent hallucinés. On savait depuis longtemps que la méditation rendait le corps impalpable telle la consistance et le poids d’une plume… elle se soulevait… le corps aussi… par la grâce du mysticisme  de l’apesanteur…
C’était donc ça la force de lévitation… elle était à son meilleur niveau de fonctionnement… point de ronronnement, aucune chaleur dégagée, la force spirituelle seule soulevait ce corps habité par cette âme prophétique empreinte de compassion…
Le gisant poursuivait sa croissance dans l’altitude… les deux témoins se jurèrent de témoigner à la ville et au peuple… qu’ils étaient là… présents… qu’ils avaient vu… entendu…
C’est à ce moment que l’explosion survint… les vitres volèrent en éclats… le colon fut projeté dans l’angle où gisait trois jours plus tôt son armoire à glace. Akio léger comme un Nippon samouraï à jeun flotta quelques milli-secondes puis s’esbarranca au sol… c’est un vieux terme du sud pour illustrer une chute…
… non, ce n’est pas du japonais ! Affirma Akio.
La porte s’ouvrit en trombe… l’entrant hurla.
… putain quel est le con qui a coupé la sécurité… du matelas gonflable pour les trauma-incendies ?
Une cavalcade suivit…
L’équipe de soins des sols doubla l’équipe de quart des os… il fallut trier les débris afin identifier l’inanimé de la chair esbarranca… lorsqu’ils eurent terminé haletants épuisés de compassion extrême il fallut bien se réduire à l’évidence… le prophète Josef-Jérémie avait été pulvérisé par le souffle… il ne restait que les morceaux de caoutchouc du matelas gonflable… un tas informe… des ruines inertes, elles ne fumaient point…
Alors, le peuple observa une minute de silence…
Au bout de laquelle on entendit une voix d’outre-tombe…
… vous priez pour qui ?
Le peuple leva les yeux aux cieux…
Et là-haut encastré dans le lustre… Josef, éthéré projeté dans l’azur de l’espace 369 attendait que l’on vint l’en déloger…
… un miracle ! Proféra ému un membre des soins des surfaces…
… le cinquième ! Précisa Akio… Quoi que ! Mais basta !
Un vent frais soufflait dans l’espace… et pour cause, les vitres installées au rabais n’avaient pas tenu le choc…
… ferme la porte à cause des courants d’air !
On s’affaira et en moins de temps qu’il faut pour l’écrire, l’air fut contenu. Les équipes se relayaient et soudain l’espace devint net…
… j’ai dû méditer quelques minutes ! Confessa Josef…
… je m’élevai très haut dans l’espace cosmique… au-delà de la stratosphère… je rencontrai une divine atmosphère… ce fut bref mais violent.
Akio, l’aide-de-camp, le marcheur revenu de Damas étaient suspendus aux révélations qui feront plus tard l’objet d’un livre saint… sinon sain…
… je parie qu’il a encore rencontré sa muse !
Akio… le gourmanda…
… Loin, très haut je vis… la confirmation de mon étoile…
… tu parles… c’est certainement la mienne… Maugréa le colon amaigri.
… chut ! Souffla Akio…
… je voyais à l’horizon poindre la preuve de ma prophétie… là-bas Casque d’Or, pointait sa houppe blonde platinée… il sera le futur Président de l’US-Land… me dit une voix.
Cette voix était chargée d’une coloration outre espace, elle avait des accents slaves, sibériens, moscovite, je les décelais surtout dans les voyelles au service des consonnes…
Franziska… elle… mais lointaine… soufflait ses messages d’une voix de none, ce qui ne lui ressemblait guère… elle savait elle voyait elle vivait les élans de Casque d’Or… en Russe.
Je m’enquis de sa santé… elle me renvoya dans mes cordes… et je perdis le lien… pour ne plus le retrouver.
C’est à ce moment que l’illumination se fit et que je me retrouvais aux cimaises de l’espace 369.
… et maintenant… comment vas-tu ?
Josef, dans une inspiration après avoir longuement regardé le colon le pria :
… Barnaby… lève-toi et marche !
Ce qu’il fit…
Après trente-cinq minutes intenses de ce rituel…
… tu peux te poser… il te restait encore cent vingt grammes à perdre… tu es resplendissant avec ta taille de guêpe… tu vas pouvoir reprendre tes fonctions… attendre ta bonne étoile… retrouver ton idole Nô.
… j’attendais ton sermon !
… homme de peu de foi… n’as-tu pas perdu tes adiposités… as-tu pu croire que par ta seule misérable engeance tu eusses pu y parvenir… mécréant… c’était ça mon sermon… il te dopait… et tu n’en savais rien…
Je te l’ai dit aussi… car j’ai vu Casque d’Or qui se levait à l’Ouest… ce qui prouve symétriquement que mon action a aussi agi sur ton volume pondéral… c’est une évidence !
Le colonel redevenu fringant… fringale entendait … souvent les actes sont comme les miracles ils suscitent des incohérences… alors que les mots sont des vecteurs tangibles… que la voix module… colporte… replâtre les enluminures… de perspectives… d’élans suaves… et même d’oublis inutiles pour ne garder que le sublime…
Akio avait affuté ses mines de graphite que l’on nomme vulgairement crayons, mais pas n’importe quel crayon ah ça non : un 2H en bois de cèdre. Le kaiken à la lame bien trempée et tout autant affutée attendait de tailler l’outil que la parole du prophète se déverse en flux tendus usant rapidement tout suiveur tentant de suivre… un prophète qui cause laisse agir la vague… telle celle qui permit aux peuples élus de franchir la mer…
Josef… se dressa sur son cul… surpris des jambes devant lui… étonné, il formula ce constat :
… Elles m’encombrent !
… Croise-les ! Suggéra Akio.
… Que je suis bien aise de t’avoir : aide-de-camp !
Ceci fait et dit ! Josef – Jérémie prit son envol… nous reproduisons, grâce à la bienveillante obligeance des Éditions qui recueillirent le manu-script de Akio, le texte ainsi formulé… il prit sa respiration juste après son inspiration et…
« Songe à l’évolution de la nuit des temps… des prédicats furent lancés sur la tête des peuples qui ne virent rien, ne sentirent rien, n’entendirent pas davantage… il y eut tant de tribuns que nuls ne fait la différence entre le faux et le vrai prophète…
Sache-le Barnaby, ce sont deux tchatcheurs, mais l’un créé l’extase pendant que l’autre bavasse de la mélasse… et ce n’est pas seulement une nuance en fleur de rhétorique… Ce sont les instants de l’histoire… celle que les scribes recueillent…
… moi ! Confirma Akio… qui modeste s’inséra in extrémis dans une pause…
… toi… grâce à qui ce sermon sera connu.
Il y eut celui sur le Mont Chauve… écrit par Bonmarché, un Figaro de service…
Beauarchais… suggéra Akio…
Beau si tu veux… reprit Josef vibrant de compassion…
Il y eut le fameux sermon de Bénarès… qui fit connaître au monde la notion de la douleur…
Le peuple avait perdu de vue cette notion fondamentale, il baguenaudait ici et là, il snobait les bienfaits de la douleur… oh peuples indignes immergés dans la grande jouissance liquide… sachez que celui qui souffre a mal… mais ce mal est salutaire… car il permet de retrouver le sens de l’affliction… la fluxion aussi… souvent la friction… aussi je vous le dis… en vérité… il faut souffrir… comme toi Barnaby… afin de perdre tes kilos qui encombrent ta clairvoyance… souffrons donc !
Je t’en félicite…
Et puis, il y eut le sermon des prophètes… qui prophétisaient… des prophéties… par tout le vaste monde… certains furent tristes…
La tristesse envahit la noosphère, car… suivez bien le raisonnement… la prophétie des uns était plus prophétique que celles des autres…
Heureusement, certaines procurèrent l’Enjoy vers le billet vert avec allégresse rock and folk… devenue depuis l’une des quadruples nobles vérités…
C’est là où l’on voit que les mots ont un sens… à preuves… ici à Yokosuka, la voix nippone s’est tue, car elle n’avait rien à dire… à présent, résonne la voix nouvelle séraphique Mcdonaldsienne… universelle qui jette son « coca-rico » à la terre et au peuple… ce qui prouve bien que certains sermons sont plus fondés que d’autres…
Car, ils scandent les nobles vérités…
C’est cela l’art du sermon… extraire la pépite de la gangue, celle qui sera entendue comprise et retenue par le peuple en mal de sapience… tu dois retenir pour ta gouverne deux grandes nobles vérités émises par deux grands sapiens que tu reconnaîtras illico… celui qui inventa le « New deal ! » et l’autre celui du : « We can ! »
Tu observeras Barnaby à quel point la noble vérité est noble… car elle est concise… c’est tout l’art du sermon authentique que certains nommèrent injustement d’une saxonne déclinaison en ting tel marketing casting footing… bravo pour ce lifting…
Revenons au sublime concept, pour expliciter ma pensée… prenons un exemple… Bossuet…
Ah non… s’insurgea Barnaby… pas Bossuet…
Pourquoi diable… mon fils répliqua Josef
A West-Point ce fut un boss hué… pendant quatre ans… c’est marre !
Ce n’est pas le même !
Encore un François ?
C’est c’la même !

Bon !
Prenons le sermon dit : Sermon sur la mort et la brièveté de la vie… il dit :
Entre toutes les passions de l’esprit humain, l’une des plus violentes, c’est le désir de savoir…
Ma première étoile… j’aimerais bien savoir où elle est… soupira Barnaby Parker.
… C’est la première grande noble vérité… le désir de savoir.
Vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes…
Avec les miracles de la médecine… je l’aurai ma première étoile…
… C’est la seconde grande noble vérité… la crainte que la mort vous prive de médailles.
C’est une entreprise hardie que d’aller dire aux hommes qu’ils sont peu de chose.
Putain, j’étais major de promo… moi peu de choses ! Ça va pas la tête ?
… C’est la troisième grande noble vérité… l’oubli des grâces.
Ah les salauds !
Maintenant, qu’est-ce que notre être ? Pensons-y bien, chrétiens : qu’est-ce que notre être ?
… Je suis shintoïste dit Akio…
Ça existe encore ça ? Questionna Parker.
Et même si cela n’existait plus, les prophètes de l’US-Land ont une grande compassion pour tous les êtres faibles en perte de repères métaphysiques, à preuves ils vinrent dans ce territoire archaïque dépenser des sommes colossales pour les aider… ici maintenant et pour plus tard…
… C’est la quatrième grande noble vérité… l’être est celui qui conquiert l’espace…
Qu’est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu ?
Moi, c’est mon étoile !
Moi, c’est mon bol de riz !
Josef se tint coi silencieux… silencieusement.
Et toi dit Parker…
Josef inspiré répondit…
Moi, je suis prêchant… grâce à Hissa LUNA et Franziska… je mute…
Ça a voir avec les quadriples nobles versets… interrogea Barnaby…
Quadruple… corrigea Akio… qui était scrupuleux.
À quelle date auras-tu fini de muter…
L’instant est proche… où la réalité dépassera la fiction… où le peuple verra qu’elle est ma substance !
J’ai tant donné de preuves… que l’évidence suivra… il faudra tenir compte des conseils pour faire face… Casque d’Or arrive…
Est-ce un vrai ou un faux prophète ?
Tu verras à l’usage… médite la conclusion du François…
Que si cette maison de terre et de boue, dans laquelle nous habitons, est détruite, nous avons une autre maison qui nous est préparée au ciel.
Avec mon armement, il peut venir le caporal d’opérette, il verra à qui parler… ah ça mais !
Akio… resta… la mine en l’air comme suspendue au temps qui s’écoulait…
Écris !
… C’est ainsi ! Alors gens… ! Écoutez les sanglots des Tortues Blondes !
Jamais depuis le sermon de Bénarès, la foule des deux premiers témoins, n’avait été bouleversée par la puissance du message que dégageait ce texte…
L’aide-de-camp fit mine de ranger ses mines, mais le colon voulait mine de rien déminer le débat qui termine un ordre du jour… qu’un éclat de soleil illuminait… encore.
On comprit que l’obsession de Josef – Jérémie quant aux grandes nobles vérités… était d’une nature différente et même opposée à celle de Barnaby… l’un lévitait éthéré l’autre inerte atterré… l’étoile manquait toujours à l’appel.
À cet instant précis, la porte s’ouvrit et la moitié d’une équipe de quart, soit six hommes… entra.
Chacun portait un élément vestimentaire du réintégré dans la fonction de colon… qui est la marche juste avant celle de celui qui reçoit l’étoile de général…
… Colonel Parker… vêtez-vous ! C’est un ordre.
Un assistant le dénuda… on le frictionna avec de l’Eau de Colon… Sabre au clair…
… Eau de Cologne 4711. Redressa Akio…
… c’est kifkif. Répliqua négligemment l’assistant.
Puis vint le caleçon… mode in US-style made in China… tout comme la chemise qui venait de Hong Kong… le costar authentiquement Singa-pou-rien autant que pour lui.
Il fut nippé en un tour de main.
On lui tendit ses richelieus… il les affectionnait depuis qu’il avait découvert le vieux François… aux couleurs US sans étiquette… bien sûr.
Il était paré.
Barnaby était redevenu Parker… prêt à en découdre pour acquérir sa première étoile.
Le chef de la délégation mit cette troupe en ordre de marche… au pas cadencé… elle franchit le seuil dans un grand silence… selon une attitude martiale qui faisait plaisir à voir… on entendit seulement les grincements des chaussures neuves du colon.
Et la porte se referma.
Akio… referma sa trousse à crayons…
Josef… méditait son prochain prédicat…
Au loin… Susurraient…
Les Tortues Blondes…
Si vous voulez savoir ce que des Tortues Blondes susurrent, il suffit de vous pencher sur la suite… surtout ne perdez pas l’équilibre… take care… car Josef – Jérémie était mûr pour l’accomplissement de sa métamorphose vers l’incarnation de prophète que Akio suivait attentivement les deux yeux ouverts… il faut une sortie à Barnaby

                                                        Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
… vous pouvez aussi charger le lien des éditions Alain Iametti sur votre moteur de recherche : https://www.editionsalainiametti.com/
vous trouverez les opus édités…
                                                                                      L’Ange Boufaréu

Où il est prouvé que le chapitre 21 suit le N° 20… oracle de Jérémie.

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21… Barnaby poursuit…   

… Haut les cœurs, scribe, je n’ai pas terminé l’historique !
Une ouvreuse franchit le seuil de la porte de la chambre 369 et annonça :
… Chocolats glacés, Esquimaux, pastilles à la menthe, cacahuètes grillées, fourrées, farcies, pourries, Cocola…
Le colon combla ses ruptures de stock. On lui avait livré une armoire réfrigérante où il stockait les produits glacés et un bahut pour les produits secs…
… un bol de riz ! s’enquit discrètement Akio.
… et pourquoi pas du canard laqué ? ironisa l’ouvreuse.
… juste un bol !
… tu parles ! Avec ça, je vais gagner ma vie ! Un bol de riz à dix cents pour un seul quidam… j’ai un paquet de graines de courge… ça te va ? C’est mon dernier, ça fait deux mois que je le traîne ! Je te le fais à prix cassé… cinquante cents !
Josef entendait toutes ces transactions – ce qui l’aidait à développer ce sens critique qui s’aiguisait avec le temps de la rumination silencieuse…
Josef, n’avait rien à négocier…
Il était alimenté par le goutte-à-goutte « haut mais oh ! pratique » qui nourrit les esprits en développements prophétiques.
L’ouvreuse, une latino bronzée après des vacances en Californie, quitta les lieux et le calme revint, seuls les lapements du colon sur l’Esquimau et les grignotages des graines de courge peuplaient l’espace sonore. Parfois, un scintillement tintinnabulait qui s’insérait entre ces deux flots bruissant, révélant que Josef était en train de résoudre un nœud philosophique. Il progressait, car les électrons partaient dans une folle sarabande, s’entre-bousculant pour avoir la palme de la doxa découverte. Puis ils s’assoupissaient quelques minutes, parfois quelques heures, ce qui nécessitait l’intervention des hommes en blanc qui venaient ranimer la flamme…
… C’est un roc ! C’est une péninsule… affirma le colon… inspiré…
Il jeta le bout de bois délivré du quatrième Esquimau glacé et annonça à la cantonade :
… Scribe, tu es prêt pour la suite ?
Et sans attendre, il enchaîna :
… Eh bien… vous me croirez… si… non… donc, vous me croirez, vous le devez !
Au matin, je farnientais dans un lit que je ne connaissais pas, dans une chambre inconnue. La porte s’ouvrit, une squaw me servit un discours que je pigeais encore moins. Soudain, tout me revint. Les plumes de l’indigène disparurent et moi je sortis de celles du lit. Je la suivis…
Par signes, elle me dirigea vers un espace qui me stupéfia. Je ne savais pas que les Indiens, ces Sauvages, étaient aussi précautionneux de leur hygiène…
J’étais sur le seuil d’une salle de bains, même à West-Point je n’avais vu un tel modernisme. Un palace pour le corps, avec Jacuzzi à remous, vagues soufflantes et massantes, stock de serviettes-éponges d’un blanc immaculé, flacons de sels, parfums, shampoings… et savon… de Marseille… le tout estampillé « made in Germany »
… À West-Point nous n’avions reçu aucun enseignement sur l’intimité indienne !
Je fis donc comme eux : je pris mon bain à flux bien chauds…
Tel un dollar neuf, je revins dans la grande salle des congrès œcuméniques au croisement des cultures.
Mais les Germains étaient absents.
Seule la tribu des Indiens campait toujours sur les peaux de bêtes autour du feu… dans le style wigwam antique…
Absents, Gottfried, Yépa, Greta, Magda, Josef…
… Travail ! dit la squaw. Toi cul asseoir ! Ici !
J’eus droit à un festin qui marquait mon retour dans le monde germanique…
… Cheval mange aussi… toi, pas soucis !
Devant moi, d’épaisses tranches de pain noir, des confitures, de la charcuterie, des fruits, du lait, du beurre, des pommes de terre cuites dans des oignons arrosées de grains de sésame et de drôles d’escalopes de semoule d’un centimètre d’épaisseur…
J’interrogeai la Squaw :
… Ça?… Grießschnitten aus Bayern… toi… voir !
Avec une spatule de bois, elle saisit une escalope palpitante de semoule, la posa sur une assiette, versa une grosse louche de consistante compote de pommes – de quoi  vous armer pour la journée – elle saupoudra le gâteau avec du sucre à la cannelle…
… Tout ici fait ! Toi, goûte !
… Hum ! hum ! c’est délicieux !
… Café, ici pas ! Ach… toi, boire thé.
Je la rassurai…
Je lui posai plusieurs questions, mais la squaw n’avait appris que des mots basiques en Germain, elle parlait sans doute le Cherokee… elle ne répondait pas…
C’est alors qu’un shaman assis sur le rocking-chair intervint :
… Elle est sourde !
… Vous savez où est toute la famille ?
… Moi aussi, sourd !
Sur ces sonores paroles, je quittai l’hacienda, au grand regret de ma monture qui piaffait comme un jeune homme… j’allais revenir quelques mois plus tard.
Je parvins à l’Irish Tavern où j’avais pris mes quartiers, je ramenais le hongre, je surpris le palefrenier qui l’inspectait ses postérieurs, comme l’aurait fait un authentique adjudant de cavalerie qui verrait passer des recrues de retour de perm…
… putain, il s’est fait empapaouter par un appaloosa, jura-t-il, vous, alors, vous êtes fort !
… à quoi voyez-vous cette évolution ? demandai-je avec l’air de ne pas y toucher.
… regardez les taches d’appaloosa qu’il a sur le train arrière… comme si ça avait déteint !
Je suggérai qu’il n’y avait pas que des juments dans l’enclos…
… ben voyons ! dit-il.
… il y avait aussi des pur-sang… entiers… bien dynamiques.
… eh bien, il s’est fait dynamiter le train arrière…
Le hongre émoustillé, hennit un long soupir. Je ne devais plus le revoir. C’est le lot coutumier de l’évolution d’un officier.
C’est à ce moment-là qu’un pigeon voyageur vint se poser sur le rebord de la fenêtre de l’auberge irlandaise. Je l’observai, il me regarda, nous nous scrutâmes…
Alors, il frappa la vitre avec son bec. La fenêtre s’ouvrit et l’hôtesse le cueillit délicatement par les ailes sans que l’oiseau offrît une résistance, car l’offre était ailleurs.
L’hôtesse ôta prestement un mince tube accroché à une patte, pendant que le marmiton saisit le volatile pour le mettre au menu du jour… avec des lentilles.
Je ne peux traduire les hurlements que poussa l’hôtesse qui devait bien approcher les trois cent trente livres… quelle voix ! Le marmiton reçut un aller-retour, de quoi le faire réfléchir pour le restant de sa vie quant à la protection de la gent volante porteuse de messages qui gisait déplumé dans la marmite.

… Militaire, entonna-t-elle telle une basse chantante, c’est ta nomination. J’accourus vers elle et je lus :
« Le dénommé B.P.G. – moi, en somme, dont on ne peut révéler l’identité – est nommé au Fort George G. Meade, au MICECP, c’est-à-dire le Military Intelligence Civilian Excepted Career Program… Rappliquez illico ! »
Fermez le ban !
La consécration ! J’entrai dans le secret, à la National Security Agency, située à une cinquantaine de kilomètres d’Annapolis, capitale du Maryland.
Telle était la traduction du message du pigeon voyageur… lors de son avant dernier voyage avant celui des lentilles hosanna… deo gratias !
À ce moment-là, dans la chambre 369, Akio écrivait sous la dictée, Josef méditait et le colon partait à l’attaque de son troisième muffin quand s’ouvrit la porte sans crier gare.
… c’est lui… colonel Malcom George Barnaby Parker !
… Yes… ça s’peut !
… ç’est pour vous !
Un factotum apportait une énorme enveloppe cachetée top secret-défense. Akio leva un sourcil, Josef ne leva rien, mais le secret était levé : on savait qui était le colon.
Alors, il fallut découvrir le message enfoui dans l’emballage, car l’Agence de sécurité nationale était futée.
Elle conseillait, avant d’ouvrir cette cuirasse, de terminer muffins, Coca et Esquimaux pour éviter que toute pollution ne vienne maculer le document qui allait émerger de ce nid de sécurité et fermer la porte à triple clés.
L’officier réglementairement immobilisé se précipita d’abord tel un éclaireur fantassin vers les lieux d’aisances afin de purifier ses mains et s’offrit un nuage de parfum Sabre-au-Clair, l’eau de Cologne à 70 degrés cent pour cent US-Marine. Ainsi lessivé et aspergé, il décacheta respectueusement l’enveloppe dite kraft, qui nécessita douze minutes d’attention contradictoire pour être enfin ouverte…
Pendant ce temps, Akio s’était posé sur son séant, assis en tailleur tel un sénateur nippon nippé d’un kimono. Josef s’était immobilisé à regret, car il n’avait pas terminé la postface de ses sermons – cette enveloppe venait trop tôt dans le scénario de l’évolution des thèmes, mais, que voulez-vous ? on ne peut rien contre la marche de l’histoire – il faut faire avec !
Enfin parvenu à extraire le document de la première enveloppe toujours kraft, le colon poussa un cri, très faible, à la vue de la seconde enveloppe bleu-kaki fond pourpre en papier armé, ce qui prouvait que la première enveloppe n’était qu’un leurre… Ah, ils sont forts à la NSA !… Parce qu’il venait de se former à l’ouverture de la première enveloppe, il alla droit au but et, neuf minutes, montre en main plus tard, il jeta un second cri moins faible pour extraire une troisième enveloppe. La mission devenait périlleuse, car, jamais, au grand jamais, il n’avait ouvert une telle succession d’enveloppes, dont l’emboîtement lui rappelait celui des poupées russes gigognes…
Aux mots de « poupées russes », Franziska apparut telle une déesse slave, Josef se dressa sur son lit, ressuscité, tel Lazare…
… Un miracle ! suggéra Akio, qui venait de recevoir enfin un bol de riz blanc.
Mais le colon était trop occupé par la troisième protection en armature de camouflage vert-de-gris. Il n’y avait aucun sésame ni fermeture É-clair. La capsule venait d’un autre monde. Aucun lien de scellement que l’on aurait pu violer avec Opinel US si cette arme avait existé en US-Land.
L’officier colonel, spécialiste à la NSA et des renseignements secrets, en resta bouche bée : il n’avait jamais vu ça…
… C’est normal ! dit Josef.
… C’est pour me dire ça que tu te réveilles ?
… Homme de peu ! Et Josef se réfugia au cœur de l’aurore boréale franziskanienne qui illumina la room 369 et son campement.
Malgré ses lueurs, l’expert des secrets pestait secrètement, se demandant comment ôter sa confidentialité à ce colis qui entretenait un mystère qui ne devait théoriquement pas lui résister.
Eh bien, le colis se mutina, endura et tint bon, jusqu’à sa capitulation. Le bougre colonel pensait recevoir un nouveau diplôme pour son retour à la vie après ses infarctus : le voilà Gros-Jean comme devant ! selon la désuète expression bien de chez les autres…
… le colis resta clos… bon, je lirai plus tard !
… Ah ! Ah ! Il faisait le dédaigneux…
L’expert en Esquimaux partit vers son armoire à glaces pour sacrifier un couple de sucettes glacées, la rage au ventre.
… Hé ! pousse-cailloux, donne-moi ton enveloppe ! souffla Josef, à présent parfaitement remis de ses quarante jours de méditation…
Il émergeait de ses plumes comme un sou neuf… il avait vaincu toutes les tentations… il savait.
Par un effet non encore élucidé, la lettre secrète se posa sur son campement… L’officier ne vit rien… n’entendit rien… ne dit rien… et Josef, en un tour de main, sortit un bristol sur lequel était écrit :

… Colonel, vous aurez « Casque d’or » pour chef de guerre.
C’était signé : « Les Tortues blondes ».

… Une prédiction ! postillonna Akio qui terminait son bol de riz blanc.
Il fallut raconter à l’officier fracassé bien inutilement d’une chute du cœur, ce que l’histoire des US venait de vivre… pendant qu’il était KO synonyme d’abandon de poste.
On lui raconta le décryptage que Josef-Jérémie avait réalisé pendant son absence, le décodage des messages, en particulier ceux en vieux François…

Le grand bawler sans honte audacieux
Sera élu gouverneur de l’armée :
La hardiesse de sa prétention.
Le pont rompu, la cité de peur s’évanouit.

Et voilà que les prophéties du grimoire se réalisaient, d’après les traductions des sciences polyglottes de Jérémie… Tel cet autre message reçu :

La trombe fausse dissimulant folie
Fera Byzance un changement de loi,
Hystra d’Égypte qui veut que l’on délie
Édit changeant monnaies et lois.

On allait ajouter…
Mais la porte de la chambre 369 s’ouvrit, les équipes de soins, n’ayant rien de plus à soigner, venaient rendre visite aux gisants.
Josef-Jérémie suspecta ces outlaws d’être des agents doubles, le bristol disparut. Les boueux suspicieux tournaient autour des lits à la recherche d’indices…
… Des enveloppes top secret avec des enveloppes d’Esquimaux, ça, ce n’est pas banal ! dit un agent en langage latino que Josef décoda.
Akio s’était perché sur une étagère pour éviter un second enfouissement dans les sacs…
Ils cherchèrent longtemps, mais ne trouvèrent rien, à part les deux grands sacs pleins de scories du colon. Jérémie-Josef, présent, avait adopté la position militaire dite du : « Tireur couché, il s’était camouflé en celui qui dort, mais il percevait tous les sons, tons, longs… bon… au moment où ils sortirent, l’un des deux qui était l’autre annonça :
… Ah ! Au fait, il faut vous peser !
… Ah ça, alors ! sursauta Barnaby. Et pourquoi ?
… Ben, on est payés au poids des gisants… vous avez engraissé de quelques livres… Forcément, c’est du travail supplémentaire !
Le gradé s’exécuta puisque c’était un ordre.
… Vingt-deux kilos !
Ben, mon colon !
… On va se faire une belle prime !
… Et ils quittèrent le campement pour annoncer la bonne nouvelle…
Le silence prit la place des nettoyeurs…
Un souffle lourd de méfiance sembla se lever sur le campement provisoirement épousseté, heureusement la clarté des aurores de Franziska et la javellisation des boueux illuminèrent les consciences.
Le gradé requinqué se leva soudain, mais, contre toute attente, il ne s’arma pas d’un Esquimau ni d’un muffin et encore moins d’un verre de Coca.
Il ruminait en faisant les cent pas. Que signifiait cette attitude ? se demanda Josef en observant sa curieuse dégaine.
L’officier s’apprêtait-il à émettre un laïus ?
Alors Josef comprit que ce n’était que de la mise en scène : le colon rejouait le premier chapitre de ce récitatif… Souvenez-vous : lorsque Josef entra dans l’espace hiérarchique du boss, il était derrière son bureau… il s’était levé et s’était mis à tourner de long en large… il évitait la diagonale car il n’avait pas assez de place. Il ruminait et cherchait ses mots, furieux contre le bidasse immobile encadré par deux MP.
La scène avait duré longtemps… le temps de voir défiler toutes les couleurs, jusqu’à ce que sombre l’arc-en-ciel, qui en chutant… fracassa Barnaby.
C’est alors que Josef, mû par devoir jérémien, survola la table, fondit sur le gisant pour le réanimer…
Il est à noter que le GI avait transcendé les normes, puisqu’il avait ordonné aux MP qui l’encadraient de se grouiller le train pour quérir fissa le défibrillateur… ils lui rapportèrent illico… mais… à l’envers.
Quel sang-froid prophétique !
Là, le born again s’arrêta devant Josef, qui perçut le combat interne du gradé…
… Josef… J’avais envie de te casser la gueule… et tu m’as ramené à la vie !
… alléluia ! on vient d’éviter un second infarctus.
Et voilà que le colon se mit à pleurer comme une Marie-Madeleine. Il commença une confession peu courante pour un officier de West-Point. L’émotion nous étreint, nous aussi, mais nous tenterons d’éviter le pathos. Akio avait sorti ses Kleenex made in China, il regardait Jérémie…
… tu comprends, Josef… vagissait le sanglotant.
qu’as-tu fait de tes talents, Barnaby ? lança intérieurement cette voix de chapelle Sixtine qui résonnait parfois dans la tête de Josef.
Akio eut un mouvement de compassion. Était-ce le moment du jugement ? pensa enfin Jérémie.
… c’était le jour de mon étoile… pleurnichait le légume. Depuis mon arrivée à Yokosuka, j’avais réussi à franchir toutes les chausse-trappes…
… tu veux dire que tu… déléguais… pendant que tu pantouflais derrière le plateau de ton campement… c’est ça ?
… c’est la vie d’un colon qui attend son étoile…
… quand il y a du merdier, c’est un petit couillon qui en prend pour son grade… Toi, benoît, tu passais ton temps à écrire des rapports !
… mais c’est ainsi que ça se passe… Pourquoi veux-tu changer les coutumes ? Moi… Barnaby… Pourquoi me juges-tu, Josef ? Moi qui t’ai découvert dans l’hacienda de Gottfried, alors que tu rongeais ton frein… Moi qui t’ai donné le sentiment d’exister… Moi qui t’ai lancé !
… c’est ça… c’est grâce à toi si je parlais quinze langues dans ma petite enfance et si j’ai obtenu une bourse à l’université pour en acquérir quinze de plus…
… oui, mais… tu es entré par la grande porte à la NSA, dans le service des traductions… Songe à quel point ce génie aura servi…
… pour gagner tes barrettes…
… tu n’aurais jamais pu entrer dans le cosmos de l’US Military Land… sans moi !
… tu l’entends, Akio. C’est moi qui rame et lui qui ramasse…
… Akio se garda bien d’approuver ou de censurer sa position… car il n’était que scribe. Il se tut, mais ses yeux parpelégèrent légèrement, ce que l’on pouvait interpréter comme le signe évident d’un non-signe signifiant… ils clignotaient…
… je voulais ta gloire, Josef…
… et toi… tu voulais la tienne !
… enfin, Josef… souviens-toi… Lorsque tu as quitté la closerie de Hissa LUNA, il a fallu un tombereau pour débarrasser ton campement et c’est un véhicule de notre glorieuse armée qui vint clarifier l’espace… pour ton avenir !
… tu copulais avec Hissa Luna !
… elle m’avait supplié…
… après, elle me refusa le talweg de ses deux mamelles sur lesquelles j’eus mes premiers ruts qui fertilisèrent mon manu-script !
… je te guidai vers Duquesne University…
… c’est toi qui l’as financée ?
… n’as-tu pas obtenu une bourse ?
… comme tous les étudiants nécessiteux ! Gottfried a vendu un hectare pour payer le reste… tu te rends compte ?… Gottfried qui s’ampute d’un centième son territoire ? Il pleurait comme un veau…
… l’affaire n’était pas trop mauvaise…
… ah bon ?
… vendre un terrain pour la construction d’une usine, oui, c’est un bon filon… Gottfried aurait pu payer mille fois tes années d’études à la Duquesne… N’est-ce point ton arrière-arrière-grand-père qui avait acquis cette terre pour quelques cents alors que Pittsburgh était seulement logé à côté du fort Duquesne ?
… tu vois à quel point mes ancêtres sont des gens prévoyants, organisés, méthodiques. Ils pensent toujours au futur. Ils ne sacrifient rien au présent. D’ailleurs, ils gardent tout ce qui entre sur le territoire de Gottfried. Et sur ce point, tu as pu voir la seconde grange : dix mille mètres carrés pour la collection des objets utilisés dans la famille depuis cent soixante-douze ans, trois mois et sept jours…
… oui, je me souviens…
… eh bien ?
… eh bien, dans cette grange, Gottfried a ramassé toutes les vieilles Ford T2 du voisinage à cinquante kilomètres à la ronde, achetées pour des clopinettes : il y en a au moins quarante… toutes démontées, rapetassées, huilées, dépoussiérées… Eh oui, ce sont leurs pièces qui permettent de conserver Rosalie… Elle ronronne, Rosalie… elle turbine, Rosalie… elle fait de l’huile, Rosalie… on la vidange Rosalie… comme au premier jour de sa mécanique vie…
Le gradé…
Était agacé… que Josef ne se liquéfiât pas dans la reconnaissance…
… quel moment ?
… lorsque tu es allé à Duquesne…
… eh bien ?
… je ne croyais plus en toi…
… homme de peu de foi…
… car…
… je te vois venir…
… oui, cette Franziska t’a roulé dans la farine… c’est une cabotine…
… attention à l’infarctus potentiel qui se pointe, Barnaby…
… elle a joué un rôle néfaste…
… homme de peu de conviction…
… elle t’a entraîné dans des sentiers de traverse…
… tu saucissonnes, Barnaby… La tranche que tu soupçonnes, tu oublies qu’elle fait corps avec le reste de la masse sèche… Ne l’oublie pas… Je ne suis pas de ceux qui pensent à cette mince rondelle, qui n’est qu’un instant de vie – fondamental, certes, mais qui n’est qu’un instant dans lequel le vécu donnera tout son sel à la suite du parcours, car la voie se poursuit alors même que tu supposes une dérive… Toi, la seule chose qui t’occupe, c’est le renouvellement de ta garde-robe au pli réglementaire et l’attente de ta future étoile…
Ce dialogue avait pris des allures de jugement dernier avant la soupe du soir qui ne tarderait guère… Essoufflés, les deux débatteurs se turent, mais Josef n’avait pas tout dit.
… et tu sais ce que je pense des uniformes ?
… je ne sais plus… tu en dis tellement !
… alors, retiens cela : tu ne portes pas l’uniforme…
… ben non, ici, je suis en liquette !
… c’est l’uniforme qui te porte…
… mais je suis en caleçon, tu parles d’un uniforme !
… tu es ignare en figure de style, Parker !
… j’ai faim ! dit Akio qui était descendu de son étagère après le départ des nettoyeurs.
Le Nippon semblait se dessécher, tant jaunissait son épiderme.
Enfin, la porte s’ouvrit. L’équipe de quart venait relever l’équipe qui veillait… Ce fut une révolution…
Qu’on en juge.
Ils entrèrent comme chez eux, sans tambour ni trompette. L’équipe se dirigea directement vers le colon. Il devait rendre les armes séance tenante pour que le fait ait force de loi. Il fallut une évaluation ; même si la décision était prise, il fallait des preuves. On en trouva pour le certifier sain.
Le colon fut pesé, mesuré, étalonné ; on soutira un jerrican de sang. Un figaro défricha cette tignasse indigne pour un gradé des renseignements. Des aides-soignants le couchèrent sur la couche pour lui planter des électrodes dans ses muscles enrobés. Le colon sauta comme une crêpe – hélas, il manquait le sirop d’érable. On lui tâta le pouls et tout ce qui pendait dans l’exercice de la vie, glandes et autres. On le vidangea. Ce fut donc une révision générale qui dura le laps de trois heures d’horloge.
Lorsque ce fut terminé, on constata que la température ambiante avait gagné 10 degrés Fahrenheit, ce qui était considérable dans un campement médical et favorisait les miasmes de toutes origines. Un grand vent artificiel se mit alors à souffler du nord, il avait mission d’assainir l’espace. L’équipe de quart, forte de neuf membres, se divisa en deux parfaites moitiés (la compétence n’a pas de limites) qui se répartirent le long des deux bords du futon du colon afin d’arrimer la couche pendant que le souffle soufflait. Il fallut un bon quart d’heure pour que retombe le mercure.
Alors le chef de l’escadron prononça la sentence :
… Malcom George Barnaby Parker, vous changez de service, immédiatement, tout de suite.
… je vais où ?
… desintox Agency Service.
… dézin quoi ?
… en clair… perdre votre maquillage adipeux dans lequel vous vous étiez fort utilement attifé pour passer inaperçu. Félicitations, vous avez réussi !
… enfin… ma première étoile !
… sauf que vous ne serez réintégré dans votre unité opérationnelle que si vous vous décapez de ce masque restant… sinon nul ne pourrait vous reconnaître et votre légendaire vernis autoritaire serait mort au combat.
Donc, militaire, il faut retrouver votre ontologique être svelte connu et reconnu par vos chefs, sous-chefs, couvre-chefs. Il vous reste donc à redevenir ce chef-d’œuvre que vous fûtes jadis…
… quand dois-je retrouver mon bureau ?
… dans l’absolu… vous êtes réintégré !
… et dans le relatif ?
… dans son immense bonté, la direction vous donne une semaine !
Le colon tourna la tête vers le grand congélateur placé à côté du bahut et qui décorait son campement. Il savait qu’il allait devoir laisser tous ces souvenirs derrière lui, sans aucun retour possible…
… et… voulut-il articuler.
… l’ordre stipule : “sans bagages”… proclama l’autorité.
… quel sera mon menu ?
… le matin, petit riz à l’eau… à midi, long riz sec… le soir, riz cassé aux légumes !
… vous voulez mon inanition ?
… non… votre taille de guêpe !
… ben moi, depuis que je suis né, je vis avec ce menu ! déclara Akio.
Et le chef de l’équipe de quart eut un subtil argument supplémentaire pour convaincre le gradé que son avenir se jouait là, ici et maintenant.
… l’étoile du rayonnement en est le prix, mon colonel !
Et ce fut tout. Pourtant…
… Oh ! Oh ! objecta Josef, qui ne l’entendait pas de cette oreille, mais de l’autre. Il n’en est pas question !
Silence.
… et pourquoi ? murmura le chef de la délégation.
… cet homme qui jouxte ma couche n’est pas encore totalement affranchi… Certes, vous fûtes des experts en expertise médicale adipeuse, cardiaque, physique, drolatique et sanguine… mais quid, messieurs, de l’âme de ce quidam ?
Stupeur !
… mais qui êtes-vous… re murmura le chef de la délégation.
… passé le moment du respect de l’ordre… par la suite, il transgressera, c’est sa nature… N’est-il pas un pilier de West-Point au matricule US-Land ?
Mouvements d’étonnement.
… mais… qu’est-ce à voir ?
… moi, Josef-Jérémie, je n’ai pas terminé la purification adipeuse de son âme-esprit-conscience… !
… c’est vrai… confessa Barnaby… c’est vrai…
La tronche de sept pieds de long… hésite.
… dans ces conditions, vous reviendrez chercher ce péquin demain matin à l’heure où chante le coq de bruyère… lorsqu’il sera purifié.
Effarement, hésitation… quésaco ?
… c’est un ordre !
Léthargie… mais mouvements vers la sortie…
… vous oubliez l’essentiel !
Pétrification…
… enlevez l’armoire à glaces et ce bahut…
Musculation… On sua, peina, geignit en ruisselantes jérémiades, mais cela ne changea en rien la décision de Jérémie…
L’équipe de soin des sols succéda à l’équipe de quart, puis l’espace du campement reprit son rythme de sénateur, le colon, dégrisé, tournait en rond sur le périmètre devenu désertique. Longtemps il marcha, rumina, supputa, ratiocina. Des heures, des heures, sans pouvoir dire un mot… lorsque soudain :
… mais, pourquoi as-tu donné cet ordre ?
… pour ton bien… continue de marcher… tu as déjà perdu trois cents grammes… Je ne voulais pas te laisser partir sans avoir nettoyé ton encéphale !

 Si vous voulez connaître la suite de cet étrange pardon, rendez-vous au chapitre 22 qui suit le chapitre 21, comme dans tout bon opus biblique… C’est le moment d’ouvrir vos esgourdes, de dessiller vos mirettes, de bouléguer vos synapses afin de ragaillardir vos sens endormis – car le colon va comprendre l’incompréhensible. Le texte le prétend, mais comme beaucoup, nous sommes dubitatifs : « Se non è vero, è ben trovato »… murmura Akio… il parlait l’italien depuis sa rencontre avec Josef qui lui avait prêté un incunable de 1582 d’un certain Giordano Bruno…

                                           Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
… vous pouvez aussi charger le lien des éditions Alain Iametti sur votre moteur de recherche : https://www.editionsalainiametti.com/
vous trouverez les opus édités…
                                                                                      L’Ange Boufaréu

 

Chapitre 20 Barnaby raconte…

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20… Barnaby raconte…      

« Oh ! scribe, tu recueilles les moments que je raconte ? »

Le colon soudain prenait la défense du gisant… ce qui illustrait la cohérence des ordonnances médicales et l’effet conjugué des hamburgers muffin coca sur le physique, l’humeur et la santé du colon… il signait le second miracle de Josef-Jérémie avec ce retour du gradé dans le bercail de la noosphère active… lequel le salua d’un clignement d’œil très entendu…
« Je l’ai bien connu ! » hurla le colon… ressuscité
Akio surveillait…
Josef écoutait… mais de loin sur un stratus cumulo-nimbus stratosphérique…
C’est ainsi, gens de peu de foi que se construisent les sagas, grâce à la sagacité des sages témoins… qui content…
« C’était… un jeudi… raconta tout haut le colon… il pleuvait… comme souvent à Pittsburgh… et comme rien ne me retenait… je m’arrêtais devant l’école de Hissa LUNA… car je ne pouvais faire autrement, la rue était encombrée d’un peuple cosmopolite… qui semblait soutenu par une force transcendante qui irradiait du peuple en extase… je descends de mon cheval, je lie ses rennes à un arbre en fleurs… dont j’ai oublié le nom… je m’avance… et parce que j’étais en tenue de parade… je venais de gagner mes galons d’officier… la foule s’ouvrit devant moi tel les flots de la Mer Morte… popularisés par les récits d’un livre trouvé du côté de Qumran dans un pays de bédouins, j’avais lu cette anecdote dans le Newsweek Pennylvania… qui est généralement bien informé… je me souviens même avoir fortement douté de ce retrait des flots… le texte disait que l’espace vide était provoqué par la force de la voie de l’orateur… un certain Abraham… qui haranguait ses troupes sans mégaphone… ah ces journalistes mystificateurs…
Eh bien, je vivais le même phénomène, miracle peut-on affirmer, puisque je l’ai vécu… foi d’officier de la Marine de l’US-Land progressant vers le World-Empire… en marche.
Les vagues de la foule s’écartaient harmonieusement sans douleur, le sol même était sec… c’est dire ! Et là devant moi sur une estrade je vis ! Hissa LUNA en pâmoison devant ce sale marmot que je trouvais encore plus gaillard, il aurait mérité deux paires de claques… si c’était mon gosse… heureusement je n’en avais pas… car il apostrophait l’assistance d’une telle force que j’en fus sidéré. Qu’un gosse ait cette audace, pourquoi pas… mais que ce peuple se pâme à ses mots… il se prenait pour Abraham peut-être !

Mais que disait-il ?

Je vais tenter de rappeler à mon cortex, les termes de son sermon… hélas sans son génie des harmoniques… qui le caractérisait…
« Gens de peu de foi ! »
Il s’exprimait en courtes histoires drôlasses… que depuis on nomme paraboles… à West-Point on en avait utilisées, en forme de grands couvercles de lessiveuses tournés vers l’espace pour capter les électrons russes… curieuse dérive tectonique des mots…
« J’étais dans le désert… hier, après-midi… clamait-il…
L’espace vierge de sable chaud…
Où vivaient librement les autochtones indiens…
Ivres de liberté…
Eh bien ! Gens de peu ! Que virent-ils soudain se dresser devant eux…
Alors qu’ils allaient faire paître leurs troupeaux de vaches
Halte dit le chef Algonquin secondé par Sitting-Bell ! »
Là une voix s’éleva pour suggérer… « Sitting-Bull ! »
Le prédicateur fustigea cette ouaille qui devant la foule eût souhaité, je vous l’assure, s’enfouir dans un terrier de taupe… de honte bue…
« Je vous pardonne… car vous ne savez pas…
Que virent-ils ?
Au détour d’une dune inculte, dans le talweg où Sitting-Bell conduisait tous les matins avec ses braves ses troupeaux de vaches…
Ils furent stoppés par des feux tricolores… un croisement construit en une nuit par la force démocratique de l’Empire… installée à Washington…
Les feux étaient au rouge…
Et un Indien qui voit rouge est un indice de flèche brisée…
D’autant que le carrefour était désert… nul ne venant à dextre autant qu’à sinistre…
Mais l’Indien est respectueux des règles…
Au rouge il attend…
Ce n’est qu’au vert que le troupeau de bovidés conduit par Sitting-Bell s’ébranla vers les prairies de leurs ancêtres…
N’est-ce point honteux ? »
Ce marmouset n’est pas si sot me dis-je… je regardais intensément ce garçon qui s’élevait avec ses paroles fortes… il avait une stature de géant… celle que démultiplie la force du verbe… ce n’était plus la vue qui donnait sens mais le vif sang qui imposait ses vues… sur l’espace cosmique.
« Il ira loin ce marmot… »
« Une graine de Prophète ! » souffla Hissa LUNA…
Sous la puissance du verbe, j’avais dû penser tout haut, comme quoi un orateur vous pénètre au point de tarauder votre inconscient…
« Rectifier… votre conscience ! » rectifia Hissa LUNA.
Il poursuivait…
« J’ai vu… gens de peu de foi… j’ai vu…
L’espace était rongé par des feux de croisement qui couvrent les mondes vierges et tissent la grande toile pour que circule le billet vert…
Au-delà de nos États… même.
Les troupeaux furent soumis aux diktats des loups de Wall-way… »
Le tribun à ce mot fit une pause pour regarder intensément un perturbateur qui avait osé le couper dans son élan quelques phrases plus haut, le pauvre quidam ne broncha pas, il pensait fortement à un Wal, mais où ? C’était une erreur de sa part, il en convint et fit son autocritique… il rectifia aussitôt… ce qui prouve à quel point un tribun authentique offre au peuple la chance de penser vrai, librement, securum somnos… au sens de judicieusement…
Après les feux… les asphaltes dans les déserts… vinrent les dimes…
Les impôts… si vous voulez et que vit-on ?
Ces peuples grégaires autochtones sauvages durent endurer l’impôt, ils payèrent en monnaies coutumières : des coquillages précieux…
« Où tu payes en $ ou tu payes en nature ! »
Et quelle nature !
N’est-ce point désolant… horrible de voir ce que je vis… il apprit ce qu’était la nature US.
Le fisc de l’US-Land, chaque hiver venait prélever des morceaux de chair fraîche.
Trois hivers plus tard…
« J’ai plus de bison, plus de vache, plus de dinde… il restent quelques coyotes ! »
Le fisc de l’US-Land a des réponses :
« Il te reste les sublimes routes de l’US-Land ! qui convergent toutes vers Wall-way, là tu pourras placer tes économies ! »
Gens je vous le dis… le moment est venu de se lever et dénoncer ces pratiques… »
Effectivement, deux véhicules de police venaient d’arriver et une escouade d’uniformes se répandit dans le peuple…
Un gradé s’approcha de ma prestance… qu’illustrait mon uniforme neuf rutilant de noblesse West-pointiènne
Je ne peux traduire et caractériser le regard aussi noir que sa peau qu’il me jeta… car cela relève du code des usages entre grands de ce monde…
« C’est une pièce de théâtre ! » lui dis-je.
« Ah ! S’exprima-il… et en l’honneur de qui ? »
« Jérémie ! »
« C’est qui celui-là ? »
« Un bédouin ! »
« C’est ça, après les africains, chinois, les latinos… à présent, voilà les bédouins… mais où on va ? »
« Oui, mais celui-là, il est mort en Égypte… voilà presque 28 siècles !
« C’est seulement maintenant qu’on l’enterre ? »
« Non… on lui rend hommage ! »
Le gradé… me regarda… suspicieux…
« Vous en êtes certain ?
« Foi d’officier sorti de West Point ! »
« Bon dégagez la route… restez sur vos terres… que la circulation ne bouchonne pas… l’US-Land veut bien écouter vos rituels… mais n’arrêtez point la marche du progrès… sinon ! »
La troupe d’uniformes uniformisa uniformément l’espace… qui retrouva son calme uni sur la voie du vaisseau US-Land, lequel n’avait cessé de progresser… nonobstant la lyrique envolée du tribun.
« Je dois rencontrer ce nabi ! » me dis-je.
« Effectivement… dit le manu-script, c’est ce jour-là que ma vie bascula… la foule en se dispersant sous les gentils conseils des hommes en uniformes noirs… déstabilisa l’estrade… et je chutais… mais l’officier en habits de lumières me saisit par le fond de mes cagues-brailles… ! »
« Note scribe ! » dit le colon qui terminait une barquette de chips au paprika… il en grignotait toute la journée…
Oui, ce moment fut bien celui-là, j’entrais dans la vie de ce morveux qui causait de l’avenir de L’US-Land. Le message n’était pas… mais pas du tout ce que l’on m’avait enseigné à West-Point l’Académie Navale d’Annapolis… située à l’Est…
Enfin, j’avais été interpellé à la fois par sa vêture ses laïus et son aplomb… oui, je dois le dire, il avait une force dans le propos qui forçait… forcément au respect. Moi, éduqué, formé, reformé par l’ordre, voilà que le désordre du marmot me captivait.
Enfin, pourquoi me serais-je arrêté devant cette estrade sur laquelle un être non défini par les chapitres des règlements martelait sa version apocryphe non autorisée de l’US-Land…
Il clamait que ce pays aurait tourné le dos au message messianique des pères du Mayflower… les Pilgrim Fathers.
Non mais ! et puis quoi encore ? Et toutes ces fariboles égrenées pour construire la Route 66 qui traverse les plaines abandonnées… que ces Célestes Pilgrims peuplèrent d’authentiques Américains, grâce aux techniques de marketing publishing happening e-learning… certes, il y eut quelques échauffourées de quelques sauvages qui prétendaient que nul ne pouvaient fouler la terre des ancêtres… allons donc. Quelle prétention ! La terre n’est-elle pas à toute la généreuse nature humaine ? Cette terre créée par notre créateur qui créa par la même occasion le colt-navy revolver… et la winchester, la célèbre Rim Fire sublime de modernisme et d’efficacité… rien à voir avec ces bouts de bois projetés par des boyaux de bison tendus sur le rejet d’un arbre…
L’archaïsme contre le lumineux modernisme n’a pas voix au chapitre… comme on dit à West-Point… inspiré d’un Sadhu indou… et de Calvin…
Ces pères de la pensée religieuse n’avaient qu’une idée en tête… évangéliser, apporter la paix à l’espace qu’ils parcouraient. Et forcément quand on veut la paix, le meilleur moyen est d’éradiquer tous les fauteurs de troubles.
C’est ce qu’ils firent ! Oh ! la pétarade !
Et l’autre le gamin prétendait le contraire… on avait spolié… depuis trois siècles. Je n’avais lu cette élucubration dans aucun canard de la bibliothèque de West-Point.
Enfin, si ce fait était acté, comme on dit maintenant… ça se saurait !
Je tenais le gosse…
Hissa LUNA vint…
« Vous le connaissez monsieur le sergent ? »
Quelle inculture… moi, l’officier devenu par la grâce de l’Académie, je devenais un simple sous-off…
« Lieutenant » certifiai-je tout en étant surpris par le charme africain de cette dame qui semblait avoir une certaine autorité ici… ce qui m’étonna fort, aurait-on perdu les préceptes des Pilgrim Fathers en nommant des étrangers à des fonctions éducatives… une erreur sans doute.
« Je suis la directrice de cette école, monsieur le militaire ! »
Pour faire diversion, je reportai mon attention sur le moutard qui s’était assoupi, ou alors il faisait semblant… sans doute une tactique de camouflage…
« Josef est un étrange sapien, énonça-t-elle.
« Étrange ! Vous plaisantez… il cause comme un communiste ! »
« Oh ! » soupira Hissa LUNA
Alors, le garnement ouvrit un œil et soupira en grinçant des dents…
« Was mache ich hier? »
« Vous voyez bien ! » L’interpelai-je… « C’est du russe ! »
Alors Hissa LUNA se mit à rire, d’un rire syncopé, propre à ces tribus Rocks and Folks… bien éloigné des mélodies des Pères de la Nation…
« Vous n’y êtes point ! Roucoula-t-elle, c’est son dialecte paternel… du germain.
Puis, elle prit le sale gosse dans ses bras, il n’attendait que ça ce morpion pour fourrer sa tête entre les plantureuses mamelles de la femelle.
« C’est là qu’il est le mieux ! »
Elle m’entraîna dans son espace clos et m’invita à m’asseoir afin de m’expliquer l’inexplicable…
C’est ainsi que débuta le début de l’histoire qui me fit découvrir Rosalie, Gottfried, Yépa et bien sûr Josef… lorsque la tête de mon cheval que j’avais garé à côté d’un arbre en fleur, franchit l’encadrement de la fenêtre ouverte pour m’informer que le temps de stationnement était épuisé… lui aussi d’ailleurs… il réclamait son picotin.
Par respect de la noble conquête de l’homme, je m’en fus soigner ma monture…
« Mais je reviendrai ! Hissa LUNA… soyez-en certaine ! »
Le colon fut interrompu par l’arrivée des équipes du soin des sols. Trois authentiques ressortissants US vêtus de camisoles de travail jaunes entrèrent en poussant un chariot équipé de grands sacs… des gens très bien élevés… en entrant le premier qui poussait le char toqua la porte et jeta à la cantonnée :
« 你们好 ! »… bon’sour toul’mond’
Les autres suivaient, le second plus volubile… sans doute le chef… se lança dans une explication très intéressante quant à leurs activités…
« Buenos días, venimos para llevarse los cubos de basura y las mierdas del oficial. »
Le dernier poussait un tombereau, il soufflait comme un phoque, chargeait les boites, gobelets, serviettes papiers pourries, fourchettes et cuillères en plastique made in China… mais on sentait qu’il pestait…
« Ogni giorno svuotava questa merda…! »
Puis il rajouta, en jetant un coup d’œil, afin de ne pas heurter les sensibilités…
« Je traduis : Chez moi à Milan… putain, on l’aurait viré ce faiseur de merde ! »
Le colonel… sommeillait en pensant à sa prochaine livraison de pizzas… n’entendit point ou fit celui qui dormait.
Josef, depuis des lustres voguait avec les Tortues Blondes dans la stratosphère…
Le travail accompli, l’équipe repartait, mais au moment où ils passèrent le seuil de la porte, on entendit un cri aux résonances abyssales du fond des sacs. C’était Akio alors endormi sur la descente de lit de Josef que les boueux avaient dégagé dans les poubelles comme un vulgaire tas d’ordures… il gisait sous un tas de bouteilles de coca et autres boîtes à pizzas…
« Espèces de Yokai ! » éructa Akio…
« Notes ça scribe… souligna le colon soudain revenu de son somme… le Yokai est un monstre…
« 无我来自北京的叹了口气中国 soupira le Chinois…
« Sono nato a Milano » précisa l’Italien… qui traduisait le chinois… car l’un était né à Milan et l’autre à Beijing
« Hace treinta años, vi la luz en Valladolid… nota le natif de la célèbre Province Española…
Puis, ils se retirèrent et l’espace redevint serein…
Josef était perdu dans une réflexion de conjoncture profonde qui le ramenait sans cesse à savoir… qui avait envahi quoi ?
Il avait vécu dans une école dirigée par une ressortissante afro… et voilà qu’ici le ménage était fait par des coolies asiatiques italiens et espagnols… ici, dans une base de l’US-Land, posée au Japon, peuplée de descendants des Pilgrims Fathers.
Allons, était-ce un rêve ou une faille dans le système…

« Écris scribe… ordonna, le gradé en mal de reconnaissance étoilée… je vais te raconter…
Le jour dit, monté sur mon destrier… je vins rendre visite à l’hacienda germaine des géniteurs de Josef… je voulais en avoir le cœur net… tel le slogan de la dernière pub pour lessive active…
J’arrivais sur le coup des five p.m., bien décidé à rencontrer toute la famille.
Hissa LUNA avait joué le rôle de messagère utile pour la construction de cette nouvelle relation qui m’excitait.
La cour était immense, la maison aussi… quant au garage il était d’une taille où aurait pu entrer la maison, la basse-cour, la porcherie, le jardin potager… et la voiture.
Je garais mon cheval à la porte de cette grange…
Un homme couché sous une voiture cria…
« Eh vous qui venez d’arriver… passez-moi la clé de douze sur le capot… non, ça c’est la clé de dix-huit… Scheise… achJa, celle-là ! C’est bon ! »
C’est ainsi que je fis la connaissance des pieds de Gottfried en toute simplicité, là j’appris que Rosalie n’était point la tante de Josef… mais la voiture du Boss.
« Elle est comme neuve… je suis dessus tous les jours cria-t-il sous les roues… regarder les cardans, les phares… écoutez le moteur, il ronronne… écoutez ! »
Gottfried était un grand… bonhomme de mécano…
« Un mètre quatre-vingt-douze… »
Il s’essuyait les mains…
« Votre voiture est en panne ? » questionna-t-il ?
Il arrêta le moteur… il sortit une sorte de grand châle de laine… je pensais qu’il avait froid… sous ces chaleurs… mais pas du tout… il lustrait les ailes de Rosalie dans un mouvement de douce caresse avec l’attention d’un amoureux qui cajole sa minette pour mieux la bécoter… et il oublia le militaire…
Lorsque surgit de nulle part, une Indienne juchée sur une carriole tirée par un poney de type Appaloosa… la robe tachetée des postérieurs en blanc… le noir des antérieurs était d’une couleur d’encre… on parle du cheval…  le cheval avait un curieux regard… l’œil droit était rouge cerclé de blanc… l’œil gauche blanc cerclé de rouge… le tout était ce que l’on nomme un regard vairon.
L’Indienne était vêtue comme une Indienne… une robe en peau décorée de motifs tarabiscotés… aux manches pendouillaient des fanfreluches qui gesticulaient à chaque mouvement de l’indigène… elle arborait naïvement et par mimétisme sans doute un bandeau qui lui enserrait le front pour discipliner ses longs cheveux noirs… tout comme ces tennismen d’à présent…
« C’est moi… qui a construit ce Wagen… » Précisa Gottfried en montrant la carriole… il avait redressé la tête sans cesser le lustrage de la laque bleue devenue un miroir…
L’Appaloosa renifla ma monture… il éternua… en tournant la tête de dédain… l’Appaloosa snobait mon hongre… il leva la queue pour nous faire admirer ses génitoires bourrées d’énergie Indienne… il piaffait d’impatience pour retrouver ces demoiselles juments en mal d’amour que l’on entendait hennir derrière le garage.
« Ça c’est Yépa ! » Lança Gottfried…
Yépa déchargeait des cageots de légumes… puis sans un salut ni un mot… tenant l’Appaloosa par les rennes, elle sortit contourna le garage détela le célèbre cheval des Nez Percés… Gottfried astiquait toujours la belle robe de Rosalie…
« Voilà ! » dit-il
« Bonjour chef ! Lança Yépa à l’attention de l’officier… toi aussi tu aimes les Ford ? »
« Eh bien pas précisément ! »
Gottfried et Yépa s’étaient figés de surprise… qu’un Américain ne soit pas amoureux de sa Ford surgissait comme une révélation et risquons le mot comme une hérésie de lèse-majesté Fordienne.
« Alors que puis-je pour vous ? »
Elle allait presque dire « mon pauvre monsieur ! » Et je sentis que mon prestige de « Chef » s’effondrait… à tel point que ma monture fit de grands mouvements d’encolure pour rappeler ce peuple à une certaine attention. Car enfin je n’étais pas venu par hasard, ni pour entendre les méthodes artistiques du lustrage de Rosalie…
« Hissa LUNA… vous a informé que… »
Gottfried se figea sur le geste qu’il allait faire quant à poursuivre la réalisation du miroir qu’allait devenir Rosalie… il plia soigneusement la laine…
Yépa, releva la tête, ses yeux noirs jetèrent des éclairs de l’antique femelle sauvage…
« Pour Josef ? »
« C’est ça pour Josef ! »
« C’est un disciple de Jérémie ? » questionna Gottfried en tournant la tête vers Yépa.
Instant surréaliste où de chaque côté du garage hennissaient là-bas les Appaloosa et ici mon hongre… alors que nous au centre… étions à la recherche d’un lien au sujet de Josef… Je compris enfin pourquoi les Pilgrims Fathers ne purent offrir leur paix pure devant tant d’incompréhension tribale…
« Mais non dis-je ! »
Ils attendaient je ne sais quoi de ma part… là, je sentis que mon crédit avait repris de la hauteur…
« Votre fils est génial ! » dis-je.
Incrédules… ils me regardaient comme un extraterrestre…
« Ah bon ! »
« Ben… et en plus ? »
Comprenaient-ils, j’en doutais… assurément ma formation à West-Point s’était élevée à un tel niveau que je ne pouvais me faire comprendre à la fois d’un immigré Germain et d’une Indienne en perte de repère culturels… j’adoptais alors une démarche pédagogique basée sur la lente énonciation des mots simples de la phrase… pour exposer ma démarche.
« Vous êtes essoufflé ! » sursauta soudain Yépa… sans raison apparente.
« Entrez donc ! »
Et les voilà, tous les deux tels des éclaireurs sur la voie de la conquête d’un lien, s’enfuir dans la ferme. J’avais de la peine à suivre, mon cheval rua dans une longue plainte lorsqu’il me vit disparaître…
« Je ne tarderai point ! » le rassurai-je.
La porte était grande ouverte… elle desservait un couloir… au fond un escalier… à droite une immense pièce…
« Herein ! »
Ces natifs d’ailleurs s’exprimaient toujours dans leur langage grégaire, sorte de volapuk qu’à West-Point, la consigne était de rester de marbre à l’écoute de ces babils car la règle était de ne parler qu’en langage universel… la langue de l’US-Land, pour éviter la pollution qui aurait dégradé notre noble idiome…
Il me fallut faire un effort pour me placer dans les pas de ces êtres… à leur niveau… autrement dit descendre de quelques marches, quitter ma culture que le monde nous envie. Mais j’avais tant de compassion pour cette famille que mon effort fut récompensé…
J’entrais dans un monde clos qui s’ouvrit pour moi…
Je fus invité à prendre place à la tête du fameux Eckbank…
« Je l’ai construit moi-même » expliqua Gottfried.
L’Eckbank est l’emblème même de la philosophie du migrant Germain… il commence par construire le Eckbank sur lequel il bâtit la maison… car une fois arrimé au sol, le Eckbank n’est plus transportable, c’est ainsi que les Germains s’enracinent.
L’Eckbank est donc un immense plateau de bois monté sur pied calé dans un coin de la pièce et derrière lequel se place un banc en angle… un meuble qui porte bien son nom : Eck pour coin, Bank pour banc… Eckbank donc.
La famille glisse ses fesses ses jupes ses cague-brailles pour occuper le banc… on se pousse on se repousse… on s’agglutine… et les autres prennent des sièges pour border les deux autres côtés… le tout est une famille de migrants germains qui ripaille…
L’Eckbank n’est donc pas seulement un vulgaire mobilier utilitaire mais un concept global de vie communautaire… cette coutume avait-elle une faille ? Car enfin des Indiens à la table d’un Germain était-ce coutumier ?
Eh bien oui… enfin presque car les Indiens vivants ici… je veux dire dans cet immense living-room… ils délaissaient le Eckbank pour des tapis des coussins installés tel un campement dans un autre coin… où sommeillaient deux vieillards fumant tranquillement… un calumet… de la paix… comme il se doit.
Dans l’autre coin… car il y en avait quatre… un curieux monument rassemblait les deux murs… une originalité…
« C’est mon père qui l’a construite ! »
Une cheminée, dont le tablier s’avançait de près de deux mètres dans l’espace… dans laquelle on aurait pu rôtir un bœuf… autour de laquelle jouaient deux filles vêtues en Indienne, une vieille femme touillait dans un grand caquelon suspendu…
À côté de la table en coin… dans un fauteuil en bois… dormait un papoose…
« C’est vous qui l’avez construit ? » questionnai-je.
« Le papoose ? »
Non, le banc…
« Ben oui ! » répliqua Gottfried qui fièrement ne s’étonna point de ma question…
J’eus droit à la place réservée aux invités en haut de table … Gottfried s’installa en face et Yépa resta debout…
« Josef ne va pas tarder… il est allé… à la ville pour préparer son futur sermon ! »
« Tout seul ? »
« Avec son manu-script ! »
« Ah quand même ! »
C’était un bel après-midi d’automne, le soir tomba et personne ne songea à le retenir… les lueurs du couchant annonçaient aux humains réunis dans cette chaude atmosphère que le moment était venu de restaurer les forces chues pendant la journée échue.
Et la table se couvrit de plats vernaculaires en authentique cuisine de là-bas.
« Tout ça, c’est fait ici… nous on n’achète rien ! Schwein… ici… Poulet… ici… œufs… ici… choux… ici… Speak… ici… Wurst… ici… ! und Kartoffeln dazu ! »
Et le tout fumait, laissait échapper les fragrances les arômes, les effluves…
« Alors vous connaissez Hissa LUNA ? »
« C’est-à-dire que… ! » dis-je hésitant…
« Mangez… vous retrouverez la mémoire ! »
Alors, j’expliquais comment le hasard m’avait conduit sur le chemin de la connaissance de Josef. Alors que je cheminais sur ma monture en quête d’absolu… pour montrer urbi et orbi mon beau costume d’officier devenu.
« Ça paye bien ? » interrogea Gottfried.
J’éludai la question pour ne pas indisposer mes hôtes paysans… qui vivaient sur un lopin de terre de soixante-sept hectares incultes dans une maison de la taille de quatre courts de tennis et courbés sous le joug des basses-cours des porcheries du potager…
« Je travaille aussi à la verrerie ! »
Là, Gottfried se lança dans une analyse, fort bien construite quant à la production verrière… sujet qui n’est pas au programme de West-Point.
« Le verre creux ! Je précise ! »
J’appris que le verre creux est le contraire du verre plat… et pour appuyer sa démonstration Yépa apporta une demi-douzaine de bouteilles de bière… car pour conserver ce breuvage authentiquement germain… il fallait un solide creux.
Gottfried le savait, lui qui travaillait dans la manufacture des bouteilles de Pittsburgh Pennsylvanie…
« Mon grand-père, mon père et moi… oui monsieur, nous sommes les piliers de cette industrie… heureusement que nous sommes venus… ici, personne n’était capable de rester devant les machines… songez monsieur que le sable va devenir liquide à mille quatre cent cinquante degrés… au début, on le cueillait avec une canne… et je souffle dans un gabarit… puis les machines sont arrivées… mais la chaleur est restée… toute la journée à côté… on perd des kilos… après, eh bien on les récupère ! Prostit ! »
Nous avions presque terminé le repas lorsque soudain dans une grande cavalcade… surgit Josef.
« Eh… troufion… ton cheval a faim… ! »
J’allais me lever…
« T’inquiète… mon infinie compassion a déjà résolu ton absence de réactivité… mes aides de camp font le nécessaire ! »
Voilà… celui que j’attendais…
Celui que j’avais vu sur une estrade dans sa cour d’école… sous la houlette de Hissa LUNA, il a oublié tout ce qui l’entoure pour enlacer l’Indienne de ses grands bras et il l’embrasse, nez contre nez il la berce tendrement… Yépa l’Indienne debout sur ses mocassins se laisse câliner par son échalas de fils…
« Salut les poupées » jette Josef à l’arrivée de deux mignonnes, deux gouttes d’eau totalement identiques, des cheveux blonds tressés ramenés sur la tête des peaux claires des yeux bleues… de véritables petites gretchen… qui s’installent à la table… en me saluant toutes les deux synchronisées d’un génuflexion et d’un léger balancement de tête et me regardant droit dans les yeux… c’est charmant ces coutumes indiennes.
La salle de séjour est au complet… Yépa est toujours debout… apportant des plats fumants, odoriférants, inconnues…
« Vous pouvez manger sans crainte… tout vient de chez nous ! »
Alors, Josef prit la parole…
« En ce temps-là » commença-t-il…
« Moi, je m’appelle Greta !
« Et moi Magda !
« Ma compassion risque de perdre patience… les poupées…
« Tu parles toujours…
« C’est vrai tu parles tout le temps…
« Nicht wahr Vater?
« Ja Mensch!
Josef… ruminait quelques secondes en prenant sa chaise en s’asseyant à côté de moi… sur la portion longue de la table… les deux petites filles s’étaient glissées entre le mur et la table sur le fameux banc du Eckbank…
« Schluss ! ordonna Josef… elles se turent… Gottfried n’avait émis aucun mot permettant de penser qu’il allait dominer la situation et calmer ses progénitures… il mangeait… avec application des pommes de terre fumantes…
Yépa, surveillait la distribution des agapes entre la table et le campement d’Indiens sur lequel étaient arrivés un groupe composite de femmes d’enfants d’hommes… une vieille squaw faisait office de pourvoyeur entre l’âtre où rôtissait un quartier de viande et le groupe assis sur les peaux de vache et d’appaloosa recyclés en tapis de sol…
Le moment était propice à l’envolée du tribun car tous avaient la bouche pleine et l’estomac vide… Yépa se tenait debout entre Gottfried et Josef… elle le regardait comme le fit la Vierge en son temps lorsqu’au Golgotha elle était venue gémir à sa passion et son élan vers les cieux du Père…
« Eh militaire ! qu’est-ce qui t’a pris, lorsque tu t’es arrêté devant mon école… tu étais en panne… tu ne pouvais pas franchir la foule… tu avais un ticket avec Hissa LUNA… ou tu voulais qu’on admire ton costume ?
« C’est une bonne question ! » m’entendis-je répondre.
« Alors je vais te la révéler ! L’étrange… t’interpella… je dis bien l’étrange… car je respire ce parfum d’ailleurs que l’on ne trouve nulle part…
« Sans doute ! » admis-je en regardant les deux Frankfurter fumantes que Yépa venait de me servir qu’encadraient trois Kartoffeln et une cuillère de raifort… fort…
« L’étrange n’est pas seulement un maquillage que tente de construire les tactiques de marketing merchandising advertising buzz et autres benchmarking… c’est du décor… ici, dans cet espace vous avez la quintessence du mixage grégaire… qui…
« J’ai huit ans ! » Dit Greta
« J’ai tout aussi huit ans ! Souffla Magda
« L’étiage de ma compassion est largement atteint les filles ! »
« Y’a-t-il encore du Strudel ? »
« Je veux du Strudel ! »
« Avec les pommes que l’on cultive… » Gottfried levait la tête, son énorme assiette était presque vide.
« C’est mon arrière-grand-père qui avait apporté les graines de ces pommiers, c’est des Boskoop… on récolte pendant cinq mois… déclara Gottfried.
« J’en veux !
« J’en veux !
« Observe homme blanc… où est tombé ce peuple essentiellement préoccupé par ses élans gastriques, alors qu’il devrait se nourrir de la rationalité métaphysique de notre passage sur terre… » Prédiqua Josef.
Les jumelles satisfaites glissèrent d’un seul mouvement et s’enfuirent en courant… on entendit une cavalcade des sabots dans les escaliers de bois conduisant aux chambres du premier étage…
Gottfried levait la tête pour délivrer une information…
« C’est Gottfried qui a construit les escaliers ! » intervint précautionneusement Josef dont le but était de couper l’élan du Vater, car ayant terminé son Strudel, il allait poursuivre la description de la construction de la chaumière… or, c’est précisément sur ce terrain métaphorique que Josef s’était engagé… on s’en souvient lorsqu’il posa son questionnaire au militaire… pourtant avant de s’engager dans cette voie il fit un court préambule… de rappel…
« L’étrange est étrange car tu ne peux discerner pourquoi il a cette caractéristique… l’étrange, est une émanation composite d’éléments disparates.
La source de cette étrangeté réside dans ses origines, les strates de cultures et d’individus se mélangent au fil des temps, alors émerge ce substrat… celui-là même qui t’a arrêté devant l’école où je vaporisai ma harangue.
Composite est le terme…
« Souvent, je ne comprends pas un mot de ce qu’il dit ! » murmura Gottfried pendant la seconde de silence que Josef avait observée pour bien marquer son propos…
« Mais c’est beau !! » fut la première parole de Yépa… qui couvait son Josef du regard.
Composite donc…
Ici, dans le coin de ce pays… la Pennsylvanie… sais-tu, à présent, combien de litres de sang germain transitèrent pour procréer… plus de 3 millions… 25% de la population est génétiquement porteuse du sang germain… des techniques germaines… des cultures germaines…
« Oh il n’y pas que ça ! » suggéra Gottfried…
« Tout est germain ici… ! »
Donc germanique !
Je portais mon regard sur Yépa, l’Indienne dont le regard s’illuminait des élans oratoires joséfiens
« J’y venais… ! »
« Oui mais les outils… c’est nous qu’on les a apportés… ceux des arrière-grands-pères, ils servent encore… parce qu’ils étaient tip-top… modernes et ils servent encore parce que nous… on jette rien… je vais vous faire voir tout ce qu’on a stocké depuis presque cent cinquante-trois ans dans les réserves… on sait jamais… ça peut servir… ça servira…
« Vater ! L’homme blanc se nourrit aussi et surtout de concepts… je t’ai souvent expliqué ce que l’on entend par cette notion… ! »
« Ich glaube nicht ! » je crois pas… Proféra Gottfried en secouant la tête… et à partir de ce moment, il sombra dans le sommeil profond… des moments digestifs.
Les Indiens sur les peaux de bêtes, dormaient depuis longtemps déjà… seul un vieux Algonquin perdu au fond d’un transat tirait sur sa pipe et branlant parfois la tête comme pour ponctuer une étape de méditation qu’il était en train de réaliser sur son Appaloosa dans les steppes à la poursuite des bisons… disparus.
« Or, homme blanc…
Que vis-je ?… ce sang pur… originel… il s’est perverti aux techniques mercantiles du consumérisme galopant… nous avons perdu la foi et le sens de l’histoire… nous baignons dans une gadoue… l’appât du gain… nous sommes passés du Lumpenvolk… au Lumpenbourgeois… pour devenir des Lumpen-notaires-notables gros et gras… nous avons oublié le sens profond de l’aspiration des anciens… leurs sagesses… leurs élans humanistes qui les avaient vus quitter le Vaterland pour l’Eldorado-Land… et sombrer dans l’égoïsme bouffi…
Or, je suis là pour régénérer ce passé…
C’était le sens du souffle étrange que tu entendis Homme Blanc ! »
J’étais scotché en bout du Eckbank…
« Car, moi, j’ai été vivifié par le sang Algonquin… de ma mère la sublime Yépa, fruit de sa lignée qui rayonna sur ces terres du Nord ! »

Yépa ne bougeait pas ne mangeait pas… elle était mince Yépa… c’était la vieille squaw qui enlevait les plats vides assiettes vides corbeille de pain vides bouteilles vides… elle portait le tout dans l’immense bac équipé d’un robinet d’eau… elle versait un énorme chaudron d’eau chaude qui produisit une vague de buée… graillonneuse.
« En plus, il est encore en école primaire ! » émergea la voix de Gottfried revenu de son somme…
« Effectivement… c’est étrange ! »
« Le ver est dans le fruit ! » reprit Josef sans doute à propos d’une réflexion qu’il venait de saisir dans les espaces stratosphériques…
« J’ai pris la voie d’un grand Ancien… Jérémie… celui-là même qui est répertorié second prophète de l’Ancien Testament… cet homme est un exemple qui a fustigé ses pères mères oncles cousins collatéraux, la tribu en somme et Dieu lui-même… il n’eut jamais de femme… trop occupé à changer la nature des hommes eux aussi devenus gros et gras dans le confort des positions de notables devenus.
Tu vois, depuis la nuit sombre des temps passés, c’est toujours le même refrain… en l’espace de quatre générations, le traine-savate passe de l’état de quidam dans sa totale nudité à pontife bardé de médailles d’honneurs et autres Rotary rotifiant… là il devient sourd aux états des autres quidams… restés.
Ça me navre !
Alors j’ai décidé que je serai prophète…
Tel Jérémie… qui a dit :

« Je vais les fondre et les examiner.
Ah ! Comme je vais intervenir face à la méchanceté de mon peuple !
Flèche meurtrière que sa langue !
Il profère la tromperie, des lèvres, on offre la paix à son compagnon…
Mais dans le cœur on lui prépare un guet-apens.
Ne dois-je pas sévir contre eux ?
– oracle du Seigneur.
Ne dois-je pas me venger d’une nation de cette espèce ? »

« Je sais pas comment il fait pour se souvenir de tout ça… par cœur, le livre… c’est de qui ? »
« Jérémie ! »
Et Josef… partit dans un monologue aussi complexe qu’annexe suscitant des réflexes connexes qui laissèrent le colon perplexe sans accent circonflexe… jusqu’au thème convexe du sexe…
« Qui procure des mouvements rétroflexes… ! » soupira Josef… dans une sorte d’extase…
« Car, il y a Franziska ! »
« Homme blanc ! » vint me dire Yépa… on t’a préparé un lit… dans la chambre d’amis… va te reposer… ton cheval dort aussi… il te donne quitus pour cette nuit chez nous ! »
C’est ainsi que je fis la connaissance des chambres de l’hacienda des Schmitt, je quittai la grande salle de réception, guidé par un Indien… muni d’une lampe de poche… au moment où je sortis… Josef méditait sur son manu-script
« Va en paix ! Dit-il. Les Tortues Blondes veillent sur toi ! »
En ce temps-là, j’ignorais le sens de cette Déesse Protectrice, il m’aura fallu des lunes pour en comprendre la clé… celle de ce soir-là était pleine et illuminait ma couche… sur laquelle je m’effondrai sans aucun rêve… à part cette pensée attendri pour mon cheval hongre qui piaffait à côté des pouliches appaloosa… en grande tendresse… inassouvie.
« Lecteurs ne vous assoupissez point, vous aussi, car si vous voulez savoir la suite, il faut vous coltiner le laïus du gradé grabataire du cœur… temporaire mais non permanent pour la suite car ç’ut était triste… il causait l’officier… ben mon colon ! Aussi je vous invite à écouter ses révélations… surtout celles concernant sa rencontre avec Franziska… nœud, si j’ose dire, de toute la problématique… » 

                                                   Et c’est ainsi que murmurent les tortues blondes

                                                                       Gentilés  
                                                                       Si le voulez bien
                                                                       Lisez suite jour prochain
… vous pouvez aussi charger le lien des éditions Alain Iametti sur votre moteur de recherche : https://www.editionsalainiametti.com/
vous trouverez les opus édités…
                                                                                      L’Ange Boufaréu