Comment avoir raison…

La dialectique éristique selon Arthur Schopenhauer (1788 – 1860) est l’art, dans une dispute ou un débat, de conduire la réplique de manière à avoir toujours raison, quels qu’en soient les moyens.

« Per fas et nefas… c’est à dire par toutes les voies, par tous les moyens possibles »

Je ne pense pas qu’il soit utile d’avancer un argument justifiant mon intérêt pour Arthur et pourquoi je lis cet auteur… j’y viendrai plus tard…  sachons seulement que l’oeuvre d’Arthur est à 95% concentrée dans deux opus : Le monde comme volonté et représentation suivi de Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique. Mais il a aussi écrit un très mince opuscule absolument génial : L’Art d’avoir toujours raison, à peine 73 pages, mais quelles pages!

Pour avoir raison dit-il… même et surtout quand on a tort… il faut et il suffit utiliser des outils ou stratagèmes. Il en compte 37 + 1, chacun porte un nom, le trente-huitième est nommé « ultime »… J’ai cherché comment illustrer ces 37 stratagèmes + 1 avec l’actualité. Il suffit de poser son céans dans son fauteuil préféré… mettre le récepteur de télévision sous tension, attendre quelque débat qui ne tardera point et isoler le stratagème du jour…

Je commencerai par « l’ultime » après que les 37 autres se fussent avérés sans effet…

Vous fûtes sans doute devant votre écran lors de l’émission sur la chaîne publique deuxième, où monsieur l’ex premier ministre fut apostrophé par une écrivaine. Je n’analyserai qu’un seul point de cet échange celui qui illustre le stratagème 37+1. A la fin de la séquence de 8 minutes et 25 secondes, juste avant la conclusion… le candidat cherche un silence dans le débit de l’écrivaine… pour tenter de placer un contre-argument, il trouve cet instant et dit:

« Vous ne pouvez pas comprendre que je puisse être blessé par des accusations, qui sont mensongères? »

L’écrivaine répond:

« Oh! c’est triste… oh! vous nous faites de la peine! »

Que dit Arthur… je reproduis textuellement :

« Si on constate que l’adversaire nous est supérieur, et qu’on ne pourra pas avoir raison, on s’en prendra à sa personne par des attaques grossières et blessantes »

L’écrivaine a littéralement monopolisé la parole, sans vraiment convaincre, le candidat est resté très calme… l’écrivaine aurait plutôt perdu le sens de la mesure… on peut supposer qu’elle constate ne pas avoir déstabilisé le candidat comme il était prévu… alors elle emploi le stratagème ultime et termine avec déraison sur sa personne par une attitude compassionnelle et moqueuse en utilisant l’antiphrase…

C’est l’ultime stratagème de Schopenhauer… à mon sens le plus minable… la suite à plus tard, devant une autre émission qui produira certainement une illustration d’un autre outil…

Un petit degré de décentrement… pour voir autrement…

Considérons… ce personnage… depuis qu’il a vu le jour, il s’enivre, fume, croque toutes les drogues, conduit une vie dissolue, transgresse les tabous : sexe, morale, trafics en tous genres… sans âge, on dirait un grabataire sénile perclus de maux… lentement, progressivement, régulièrement, il descend dans l’horreur, il rajoute sans cesse des applications pour parvenir au point final du basculement.

« Décadence » vous semblerait pouvoir qualifier ce parcours ?

Considérons… cette culture… depuis qu’elle a vu le jour, elle a franchi toutes les étapes : de l’analphabète jusqu’au cerveau pluridisciplinaire. Elle poursuit son développement, permettant de libérer la conscience et maîtriser toutes les techniques… lentement, progressivement, régulièrement, les bibliothèques alignent des millions d’ouvrages de référence qui offrent à chacun d’entre-nous une capacité de savoir quasi illimitée…

« Vitalité » vous semblerait pouvoir qualifier cette culture ?

Le penseur – philosophe vous donnerait peut-être raison pour le personnage, je dis bien peut-être… et tort pour la culture, c’est ce qu’il dit.

Raison, car vous savez, et lui aussi, que le corps soumis à cette cadence d’agressions subit lentement une décadence… Tort, car le penseur-philosophe, après avoir littéralement digéré la masse de connaissances et construit son savoir encyclopédique, déclare que notre culture conduit à la décadence…

Les éditeurs et les auteurs vont vous en persuader, les titres fleurent bon la déconstruction, le nihilisme, la décomposition, la décadence. Tels sont les maux de notre culture. Les drogues dures en comparaison ne sont que pipi de rossignol !

Pourtant, grâce à cette connaissance millénaire le penseur – philosophe est devenu sublimement compétent. Malgré cela, en fermant la page du dernier livre il s’écrit !

                              « Fi quelle décadence ! »

Indistinctes les ouvertures et impasses qui se sont développées depuis l’évolutionnisme du vivant… aurait-il fallu considérer la première impasse comme décadente, qu’alors, nous ne serions jamais apparus… Le penseur – philosophe aurait tant voulu ne trouver que des enchaînements positifs…

Il affirme que la culture est linéaire comme toute chose, selon lui… elle naît, croît, produit, meurt… Il confirme « c’est ainsi ! » il ne fera même pas un geste salvateur.

Il me semble que l’on puisse envisager une autre approche… elle est cyclique – composée, elle ne s’arrête pas au moment borné du penseur – philosophe… Tel le printemps, suivi de l’été qui précède l’automne avant que n’arrive l’hiver, lequel générera à nouveau un printemps… c’est le cycle sans fin de l’évolution… avec ses impasses et ses avancées qui se complètent les unes les autres… à l’infini… cela aussi… « c’est ainsi! » 

A ce point… je laisse à chacun de poursuivre…

 

Le temps

Le premier article fut publié le 27 avril 2016… jusqu’à ce jour, le 5 février, la page « Réflexions » resta vierge.

Ce blog, envoyé sur les réseaux a été lu. Roger Bertrand qui usa comme moi son treillis sur les bancs de l’école militaire de Nîmes, me questionna.

Pourquoi cette page était vide?

Elle attendait que s’apaisât le temps de la sidération provoqué par la naissance des six autres rubriques. La création requiert une dynamique entièrement tournée vers l’objectif, il faut vouloir dominer la matière pour que se projette le message. Or, cette énergie oblitère la sérénité, jusqu’à provoquer un déséquilibre.

Pendant tout le temps de la création, le contre-champ, la voix intérieure, la censure s’opposent à l’expression. Le doute s’installe pour parvenir à l’équilibre formel. L’acteur tout entier, tourné vers l’action, se dévoile.

Les articles furent diffusés, mais point trop… j’ai eu le temps d’apprivoiser l’outil et rééquilibrer la distanciation.

A présent, je peux nommer le thème : la mesure du temps… celui qui s’écoule!

Un double mouvement se développe dans l’exercice du Dao. Le point blanc niché dans l’espace noir… imaginait un thème… puis, se développait et progressivement occupait l’ensemble du champ blanc pour devenir un article fini… pendant que le point noir dans l’ombre scrutait l’environnement encore indéfini pour en hiérarchiser les futurs. Un flux de résurgences allait chercher les moments du temps passé pour les actualiser pendant qu’un flot de moments présents s’immergeaient profondément pour se mettre en retrait, tout en observant.

Vaincre l’oubli?

Non… une gymnastique… elle sait que l’être est mortel… elle se propose de l’aider à progresser dans ce voyage forcément solitaire, en consolidant ces moments de réflexion.

Cette dynamique m’anime depuis longtemps…

L’outil maîtrisé, le calme retrouvé permet d’accéder avec recul aux instants du
temps passé.